La défense des libertés en Tunisie est une nouvelle fois au cœur de l'actualité. Après la condamnation des Femen à de la prison ferme ou l'affaire Amina, la justice vient d'inculper deux rappeurs tunisiens et une journaliste franco-tunisienne qui avaient dénoncé la sévérité d'un jugement. Aymen Feki, Moustapha Fakhfakh et Hind Meddeb sont poursuivis pour "outrage à un fonctionnaire public dans l’exercice de ses fonctions" et "atteinte aux bonnes mœurs". Des délits passibles d'un an et de six mois de prison ferme.

Ils sont pour l'heure libres jusqu'à l'ouverture de leur procès fixé le 7 octobre prochain. Mais dès ce week-end, Hind Meddeb avait choisi de ne pas se rendre au tribunal de Tunis. "Hier (dimanche,ndlr), j’ai quitté mon pays, car je n’ai plus confiance dans la Tunisie d’aujourd’hui où pour une chanson, on condamne un rappeur à deux ans de prison ferme et on relâche ceux qui ont attaqué l’ambassade des Etats-Unis au mois de septembre dernier", explique la journaliste sur sa page Facebook.

Libertés en danger

Elle avait été interpellée vendredi par la police au sortir du procès du rappeur tunisien Weld el 15, condamné à deux ans de prison pour une chanson dans laquelle il insultait la police. La sévérité du verdict avait été accueillie par des cris de colère suivis de heurts entre amis du condamné et policiers. Des policiers qui ont eu la main lourde sur les manifestants mais également plusieurs journalistes présents. L'avocat de Hind Meddeb, qui avait elle aussi hurlé à l'injustice dans la salle d'audience, a expliqué que la jeune femme a fui le pays car elle avait peur pour son intégrité physique.

Les ONG de défense des droits de l'Homme ont vivement dénoncé la sanction infligée à Weld El 15, la qualifiant d'atteinte à la liberté d'expression. Le rappeur, emprisonné dans la banlieue de Tunis, "est dans un sale état, il a le moral à zéro", a assuré son avocat, qui a fait appel. Depuis le Printemps arabe, le parti islamiste Ennahda au pouvoir est régulièrement accusé de vouloir instrumentaliser la justice et de museler la société civile.