En Tunisie, les décisions de justice concernant les rappeurs se suivent et ne se ressemblent pas. D'abord condamné à vingt-et-un mois de prison ferme, puis à six mois de prison en septembre dernier pour avoir traité les policiers de "chiens" lors d'un concert à Hammamet cet été, Klay BBJ a été acquitté en appel jeudi.

"Le tribunal a décidé du rejet des accusations et l'annulation de la condamnation de Ahmed Ben Ahmed" alias Klay BBJ, a annoncé le juge à l'issue de l'audience qui avait lieu à Grombalia, au sud de Tunis. Le musicien était poursuivi pour "outrage à des fonctionnaires", "atteinte aux bonnes mœurs" et "diffamation". Lui estimait que ces déboires judiciaires étaient surtout motivés par ses critiques du gouvernement islamiste d'Ennahda.

Le cas de Weld El 15 en sursis

De nombreux rappeurs tunisiens, venus à l'audience pour soutenir leur ami, ont applaudi la décision d'acquittement. "Enfin je respire, cette histoire m'étouffait vraiment, j'avais peur pour la jeunesse tunisienne mais ce verdict nous rend espoir", estimait ainsi le musicien Mohamed Amine Hamzaoui.

Le cas de Klay BBJ est lié à celui de Weld El 15, avec qui il partageait la scène lors du concert incriminé. Les deux chanteurs avaient été d'abord condamnés fin août, lors d'un procès dont ils n'avaient pas été prévenus, à 21 mois de prison ferme. Mais si Klay BBJ avait décidé de faire opposition à ce jugement, Weld El 15 est, lui, toujours en cavale.

La liberté d'expression, sujet sensible en Tunisie

Il faut dire qu'il ne s'agissait pas de ses premiers ennuis avec la justice. Ayant écopé de deux ans de prison ferme en première instance pour un clip de rap anti-policiers, il avait finalement retrouvé la liberté après que sa peine avait été abaissée en appel à six mois avec sursis.

Ces décisions de justice sont scrutées en Tunisie, où la liberté d'expression est un sujet très sensible depuis l'arrivée au pouvoir des islamistes d'Ennahda. Autre cas ayant connu un fort retentissement, l'affaire de la militante tunisienne Amina Sbouï, remise en liberté après deux mois et demi en détention, mais toujours passible de deux ans d'emprisonnement pour "profanation de cimetière"