Un quadruple attentat à la voiture piégée a fait au moins quarante morts le 11 mai 2013, aux confins de la Turquie et de la Syrie, et le bilan de cette attaque risque fort de s'alourdir, une centaine de blessés plus ou moins graves étant aussi à déplorer.

Une mairie ravagée, le courant coupé, un poste frontière visé deux fois en trois mois

Dans un premier temps, les autorités avaient fait état de 13 victimes et 22 blessés. Peu après, le ministre de l'Intérieur turc, Muammer Güler, cité par l'agence de presse Anatolie, avait annoncé que "nous en sommes malheureusement à 18 morts, et le nombre de blessés est aussi en train d'augmenter". En fin d'après-midi, alors que de nombreuses ambulances étaient toujours sur les lieux, la chaîne CNN-Türk évoquait 40 morts.

D'après les premières indications fournies à la presse par le ministre de l'Intérieur, qui n'avait alors connaissance que de deux déflagrations, les véhicules bourrés d'explosifs à en juger par la puissance des déflagrations ont sauté vers 13h45 locales (10h45 GMT) devant la mairie de Reyhanli, une ville de 60.000 habitants située dans la province de Hatay ; et à huit kilomètres de là, à un important poste frontière avec la Syrie. Cilvegözü côté turc et Bab al-Hawa, en Syrie constituaient le principal point de passage entre les deux pays avant 2011 et le début du conflit syrien.

Des tirs en l'air pour éviter des exactions contre les réfugiés syriens

Anatolie décrit des scènes de chaos, notamment autour de la mairie de Reyhanli, gravement endommagée. Les explosions ont provoqué une coupure d'électricité dans toute la ville et ses environs. Alors qu'une quinzaine d'ambulances, deux avions et plusieurs hélicoptères spécialisés devaient encore affluer sur les lieux selon les indications du ministre de la Santé Mehmet Müezzinoglu, les secours s'évertuaient à chercher d'éventuels rescapés et victimes sous les décombres d'immeubles effondrés ou dans les carcasses de véhicules totalement détruits. La panique fut telle, rapporte la chaîne d'information NTV, que la police a dû tirer en l'air pour disperser la foule. Il s'agissait aussi de repousser les groupes de jeunes qui n'ont pas tardé à s'en prendre à des ressortissants syriens. La ville et le camp de réfugiés situé en bordure accueillent en effet des milliers de personnes ayant fui les combats en Syrie.

Pour l'heure, M. Güler interrogé sur la question s'est refusé à faire le lien entre ces attentats et le conflit intérieur qui fait rage depuis plus de deux ans dans le pays voisin. Nous allons mener l'enquête sur tout cela, nous allons tout éclaircir" a-t-il dit. Son collègue en charge des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, n'a pas fait preuve d'autant de réserve. "Que ceci se produise à une période où dans le monde entier il y a une accélération des efforts sur la Syrie, une accélération concernant une résolution (du conflit), n'est pas une coïncidence", a-t-il déclaré depuis Berlin où il était en déplacement. Cela n'est pas dit. Dans une autre déclaration, le ministre de l'Intérieur a lui évoqué une "provocation" destinée à saborder le processus de paix que mène Ankara avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Damas à la manoeuvre ?

Dans ce contexte incertain, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a souligné que "toutes les unités de renseignement" travaillaient d'arrache-pied pour identifier les auteurs de l'attaque. Faisant lui aussi allusion au processus de paix engagé par la Turquie avec le PKK qui a proclamé une trêve et s'est engagé à évacuer ses quelques 2.000 combattants vers ses bases arrière irakiennes, M. Erdogan, sans mentionner quiconque a estimé que "certains, qui ne voient pas de manière positive le vent de liberté qui souffle sur [son] pays, peuvent être impliqués dans ces actions".

Après un attentat similaire à la voiture piégée qui avait fait 17 morts en février au même poste-frontière de Cilvegözü, les autorités turques avaient mis en cause les services secrets syriens. De l'autre côté de la ligne de démarcation, la rébellion syrienne, que soutient officiellement la Turquie, est en place depuis l'été dernier. Sans tarder ce samedi, la Coallition nationale des opposants syriens a publié un communiqué dénonçant Damas, qui, par ces attentats, aurait voulu "se venger de la population turque et (...) la punir pour son honorable soutien au peuple syrien" dont elle accueille au total quelque 400.000 réfugiés.