C'était l'un des engagements forts du parti de Recep Tayyip Eddogan, l'AKP. Ce lundi, le Premier ministre turc a proclamé la fin de "l'interdiction dans les institutions publiques" du port du foulard islamique pour les femmes - et de la barbe pour les hommes. Des mesures qualifiées de "discriminatoires" par le dirigeant turc.

"Ces restrictions violent le droit au travail, la liberté de pensée et de croyance", a-t-il plaidé, s'engageant à imposer "une sanction à ceux qui empêchent les gens d'exercer les droits liés à leurs devoirs religieux". Déjà autorisé aux étudiantes sur certains campus, le port du foulard sera désormais permis pour les professeurs, ainsi que pour les députées et l'ensemble des agents publics. En revanche, l'interdiction reste maintenue en ce qui concerne les policiers, les militaires, les procureurs et les juges.

"Un sérieux coup à la République"

Cette annonce intervient six mois avant les municipales, mais surtout trois mois après la vague de contestations qui a embrasé plusieurs villes du pays, à commencer par les principales : Istanbul, Ankara et Izmir, où plusieurs dizaines de manifestants ont défilé pour protester contre la politique du Premier ministre et ses "dérives autoritaires".

Dans un pays modelé par les principes laïques hérités du fondateur de la République turque Moustafa Kemal Atatürk, la mesure annoncée par le Premier ministre pourrait raviver la contestation du mois de juin. Ce lundi, le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a dénoncé, par la voix du député Ayman Güler, "un sérieux coup à la République nationale et séculaire".