D'un côté, le triomphalisme du puissant. De l'autre, la colère du peuple. Entre Recep Tayyip Erdogan et les pensionnaires délogés de la place Taksim, le fossé se creuse, jour après jour depuis deux semaines que dure la crise la plus sévère que connaît la Turquie depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement islamo-conservateur, en 2002. "J'ai dit que nous étions arrivés à la fin. Que c'était devenu insupportable. Samedi, l'opération a été menée et la place Taksim et le parc Gezi ont été nettoyés, a lancé dimanche le Premier ministre devant plus de 100.000 partisans acquis à sa cause. C'était mon devoir et nous n'abandonnerons pas cette place aux terroristes".

"Une escalade supplémentaire de la violence"

Une qualification qui a bien du mal à passer auprès des milliers de Turcs qui se mobilisent depuis le 31 mai pour préserver les fondements laïques de la république traversée par le Bosphore comme pour protester contre la répression policière brutale des rassemblements, qui a incité dimanche deux des principaux syndicats turcs à appeler à une grève générale lundi. "Je n'oublierai jamais les cris des enfants. Les policiers ont attaqué des familles entières, même les docteurs qui étaient là pour soigner les blessés", a raconté à metronews Inci, psychologue de 24 ans qui n'a qu'un seul objectif : obtenir la démission d'Erdogan.

Un dessein illusoire à l'heure où ce dernier multiplie les démonstrations de force, malgré les critiques grandissantes venues de l'étranger. Berlin a ainsi appelé Ankara à respecter "la liberté de manifester et d'expression" quand le Conseil de l'Europe a, pour sa part, déploré "une escalade supplémentaire de la violence". "Quelle sera la prochaine étape ? L'utilisation de balles réelles alors que quatre personnes ont déjà été tuées ?, s'inquiète Inci. On ne va pas s'arrêter, et plus il nous attaquera, plus motivés seront les gens qui nous rejoindront."