Le mot n'a pas encore été immortalisé par l'Académie française, mais il est référencé sur Wikipedia depuis le mois de février. Et ces dernières semaines, on ne voit plus que lui. Tapez "ubérisation" (ou "uberisation" pour ceux qui respectent son étymologie américaine) dans un moteur de recherche et vous obtiendrez une foule d'articles et d'analyses relayant ce terme, qui décline évidemment le nom d’Uber, la société californienne de VTC dont la concurrence fait rugir tous les taxis du monde. "L'ubérisation peut-elle mettre en danger l'économie ?", "L'ubérisation galopante vue par les experts", "Ubérisation : faut-il avoir peur ?"... Mais aussi "Vers une 'uberisation' du droit ?", "Vers une ubérisation du marketing" ou même - car il n'est pas toujours employé péjorativement - "Vivement 'l'ubérisation' de la vie politique française !". Le mot, désormais employé à toutes les sauces, apparaît déjà comme dévoyé. Mais que signifie-t-il exactement ?

La grande peur des patrons

Comme Uber et son service à prix cassés, beaucoup de start-up peuvent entrer dans le champ de ce phénomène d'ubérisation : toutes ces plate-formes en ligne qui réduisent au maximum les intermédiaires et font trembler les acteurs traditionnels dans une multitude de secteurs. AirBNB ou HomeAway dans l'hôtellerie, Deezer ou Spotify dans la musique, Kisskissbankbank ou Lendingclub dans la finance...

Le terme est en fait d'abord utilisé par les patrons : c'est Maurice Lévy, le P-DG de Publicis, qui l'avait le premier employé en décembre dans une interview au Financial Times. "Tout le monde commence à craindre de se faire ubériser", avait-il alors lancé. "Dans son esprit, nous explique l'économiste Charles-Antoine Schwerer, l'ubérisation est le fait, pour une entreprise dominante sur un marché, de voir celui-ci se faire très vite redessiner par un acteur nouveau de l'économie numérique, et de se réveiller une fois que c'est trop tard. Si on garde cette définition première, cela rejoint le terme anglais de 'disruption'".

Mais l'économiste au sein du cabinet Astérès note que "certains vont l'utiliser pour parler de l'économie du partage, d'autres de l'innovation, ou encore simplement pour désigner un business model". Selon lui finalement, "si l'on s'en tient à la définition 'changement rapide des rapports de force grâce au numérique', on tient le sous-bassement de toutes les utilisations". On attend de voir comment le Larousse ou le Robert, qui devraient bien finir par l'intégrer à leurs nouveaux mots, le décriront.