Le procès de la "caisse noire de l'UIMM" touche à sa fin. Après une semaine de débats devant le tribunal correctionnel de Paris, le parquet a fait connaître ses réquisitions. Lundi, la substitut du procureur, Ariane Amson, a requis une peine de deux ans de prison avec sursis et 250.000 euros d'amende à l'encontre de l'ancien patron de la puissante fédération patronale de la métallurgie, Denis Gautier-Sauvagnac, principal mis en cause dans cette affaire de financement opaque s'élevant à quelque 16 millions d'euros entre 2000 et 2007.

Huit mois avec sursis ont été requis contre Dominique de Calan, délégué général adjoint de l'UIMM, ainsi que des peines de six mois avec sursis contre la chef comptable Dominique Renaud et l'ex-directeur administratif, Bernard Adam. Enfin, une amende de 150.000 euros a été demandée contre la fédération patronale. En outre, parmi les dix personnes poursuivies dans cette affaire pour abus de confiance, travail dissimulé, destruction de documents comptables, recel, ou de complicité de ces délits – des faits passibles de 3 ans de prison et de 375.000 euros d'amende -, cinq bénéficient d'une demande de relaxe du parquet.

Qui a touché les enveloppes ?

"On n'a pas beaucoup avancé lors de cette audience et le dossier est aujourd'hui dans le même état que lors de la clôture du dossier", a commenté la substitut du procureur devant le tribunal, reconnaissant que Denis Gautier-Sauvagnac "après presque sept ans de silence" a fini par désigner les syndicats comme les destinataires des enveloppes d'argent liquide émanant de l'Epim – la caisse créée en 1972 par l'UIMM pour soutenir ses adhérents en cas de conflit du travail.

Mais alors que la CFDT, la CGT et FO se sont empressés d'affirmer n'avoir jamais reçu d'argent de la part de la fédération de la métallurgie, la représentante du ministère public a rappelé que "beaucoup d'autres destinataires potentiels de ces espèces ont été évoqués". Certains prévenus ont en effet cité des intellectuels, des journalistes, des médias, des politiques ou des parlementaires. Mais sur ces points, l'ancien patron de l'UIMM ne s'est pas étendu.

"Un vocabulaire qui est celui du grand banditisme"

"M. Gautier-Sauvagnac dit ne pas vouloir faire de la délation, reprenant ainsi à son compte un vocabulaire qui est celui du grand banditisme", a fustigé Ariane Amson, alors que le principal prévenu s'est retranché derrière la loi de 1884 (Waldeck-Rousseau) qui n'oblige pas les syndicats à tenir une comptabilité.

Une ligne de défense qui fait dire à la substitut que le dossier se résume à quelques certitudes. "Une partie des espèces a été utilisée pour du travail dissimulé avec des compléments de rémunération en espèce qui n'apparaissent pas sur les bulletins de paie et n'ont donc pas donné lieu au paiement des cotisations sociales", a-t-elle résumé.