Vladimir Poutine a-t-il envoyé des troupes dans l'Est de l'Ukraine ? Kiev a dénoncé jeudi auprès de l'OSCE "une invasion directe" de Moscou sur son territoire, suscitant de vives inquiétudes de la communauté internationale. Une telle présence militaire russe en Ukraine serait "intolérable et inacceptable", a averti François Hollande, tandis que l'ONU devait se réunir en urgence pour examiner la situation dans la soirée. De son côté, le Kremlin continue de démentir fermement toute présence de ses soldats auprès des rebelles séparatistes. Les preuves de son ingérence semblent pourtant s'accumuler.

Lundi, une patrouille de l'armée régulière était ainsi tombée nez à nez avec une dizaine de parachutistes russes, à une vingtaine de kilomètres de la frontière. "Un accident", s'est depuis contenté de justifier Moscou. Mais selon les déclarations, jeudi, de la présidente du Comité des mères de soldats russes, Valentina Melnikova, près de 15.000 d'entre eux combattent sur place. De l'aveu même du chef séparatiste ukrainien Alexander Zakhartchenko, ils sont au nombre de 3.000. Leur présence serait temporaire d'après lui : "Parmi nous se trouvent des soldats, qui, plutôt que de passer leurs permissions sur les plages, nous ont rejoints, et qui combattent pour la liberté de leurs frères".

Un haut responsable de l'OTAN a de son côté chiffré à "au moins 1000", "une estimation très prudente", le nombre de militaires russes présents en Ukraine. Preuves à l'appui : le général Nico Tak a projeté jeudi à la presse des photos prises par satellite montrant, selon lui, le convoi d'une unité d'artillerie mécanisée ayant positionné ses canons prêts à faire feu dans la région de Krasnodon (est).

"Cela s'appelle une guerre"

Les dénégations de Moscou ne surprennent guère Pierre Verluise*, docteur en géopolitique et directeur du site Diploweb. "C'est dans l'histoire de ce régime de mentir et de nier, d'avancer puis de reculer en laissant espérer que la Russie va soudainement respecter le droit international et, pourquoi pas, devenir une démocratie. Mais ce qui se passe est gravissime, cela s’appelle une guerre."

L'hypothèse d'une intervention armée – Kiev appelant à une "aide militaire d'envergure à l'Union Européenne" - semble cependant peu probable. "La Russie a une culture du rapport de force, contrairement à l'UE qui ne dispose pas d'armée. Mais la suite de cette crise pourraient être gérée conjointement par les Européens et l'OTAN, où siègent les Etats Unis". Kiev a d'ailleurs réclamé une "aide pratique" et des "décisions cruciales" à l'occasion du prochain sommet de l'Organisation, prévu le 4 septembre prochain.

*Auteur de "Géopolitique de l'Europe" (avec Gérard-François Dumont), Paris, 2ème édition chez Sedes - Armand Colin

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