Gazprom a mis sa menace à exécution. Le groupe russe, qui réclame depuis plusieurs semaines près de deux milliards de dollars d'arriérés de paiement à l'Ukraine, a décidé lundi matin de couper ses livraisons de gaz naturel à Kiev. Une décision qui pourrait avoir des conséquences bien au-delà des frontières ukrainiennes, puisque 30 % du gaz naturel consommé en Europe provient de Russie, et que la moitié de celui-ci transite par l'Ukraine. De quoi relancer le débat sur la dépendance énergétique de l'Europe vis-à-vis de Moscou.

Une dépendance qui varie beaucoup d'un pays à l'autre

Alors, peut-on se passer du gaz russe ? Certes, l'été commence et limite le besoin de chauffage des logements. Cependant, beaucoup de pays en Europe dépendent du gaz naturel pour produire leur électricité. Et si la France a fait le choix du nucléaire pour générer 70% de son courant, ce n'est pas le cas de ses voisins. Royaume-Uni, Slovaquie, Belgique ou encore Roumanie produisent plus d'un quart de leur électricité à partir de gaz, un taux qui atteint même plus de 40 % en Italie et en Hongrie. Dans tous ces pays, les contrats avec la Russie occupent une place prépondérante. "Six pays européens sont dépendants à 100 % des ressources russes : les trois Etats baltes, la Slovaquie, la Finlande et la Bulgarie", nous explique Nicolas Mazzucchi, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (l'Iris). "Ensuite, plus on va vers l'Ouest, plus la dépendance diminue : la Pologne pour 80 %, l'Allemagne pour 35 à 45 %, etc."

Couper une fois pour toute le cordon avec la Russie s'avèrerait donc très compliqué pour l'Europe. S'il est possible de répondre à une rupture temporaire d'approvisionnement en faisant jouer la solidarité européenne, par exemple en produisant plus de nucléaire en France pour acheminer le courant en Bulgarie, trouver une alternative pérenne au gaz russe serait une entreprise coûteuse. Les principales alternatives se trouvent en effet soit de l'autre côté de la Méditerranée (en Algérie ou dans les pays du Golfe), soit de l'autre côté de l'Atlantique, aux Etats-Unis. Et dans les deux cas, le gaz devant parcourir une plus longue distance, les coûts d'acheminement grimperaient en flèche.