"J'ai faim, au sens propre comme au figuré", s'exclame Geoffroy Didier en commandant un croissant dans un café proche de l'Assemblée. Le trentenaire se moque de renvoyer une image de "jeune loup" aux dents longues. Avec son compère Guillaume Peltier, bientôt assis à ses côtés, il est le nouveau héraut d'une droite dopée aux "viennoiseries", qui s'assume sans complexe. Dimanche, les deux hommes pourraient sortir gagnants de la compétition à l'UMP. Tandis que Copé et Fillon se disputent la présidence, eux ont tracé leur sillon dans l'autre bataille interne : celle des courants d’idées. Exaspérant au passage beaucoup de cadres de l’ex-majorité.

Bazooka et idées choc

"Fiers d'être de droite, fiers d'être sarkozystes", clame "la Droite forte", la motion qu'ils soumettront au vote des adhérents. De quoi faire un carton chez les nostalgiques de l'ancien chef de l'Etat. Fin septembre, OpinionWay leur donnait 42% des intentions de vote, loin devant la deuxième des cinq autres motions*, défendue par Jean-Pierre Raffarin (22%). "C’est un encouragement mais ces enquêtes réalisées auprès des sympathisants ne veulent rien dire, tempère Guillaume Peltier, justement chargé des sondages à l’UMP. Selon lui, atteindre 10%, le seuil pour être reconnu comme mouvement, serait déjà une victoire. "Jamais parlementaires, jamais ministres, nous sommes les 'petits poucets' dans cette élection. C’est David contre Goliath."

Le lance-pierres des deux ex-snipers de la campagne présidentielle, ce serait plutôt un bazooka. Interdire le droit de grève aux enseignants, imposer des quotas de journalistes de droite dans l'audiovisuel public, supprimer à vie les allocations des fraudeurs récidivistes… Les propositions de ces habitués des médias, aux allures de gendre idéal, ne s’embarrassent pas du politiquement correct. Au risque de flirter avec le programme du FN. "Des idées chocs inapplicables", a taclé Rachida Dati. "Nauséabondes", leur a même lancé François Baroin. Peltier et Didier balaient d’un revers de main procès en droitisation et accusations de démagogie. "Notre seule boussole, c’est le peuple ».

Nicolas Sarkozy regarderait d'un œil bienveillant ces héritiers auto-proclamés. Mais beaucoup à l'UMP ont vu rouge quand les as du marketing ont revendiqué le label "Génération sarkozyste", qu'ils ont même déposé à l'Institut national de la propriété industrielle. "On n'a jamais prétendu avoir le monopole de quoi que ce soit", martèle Geoffroy Didier. Les critiques sur leur parcours ne les gênent pas davantage. Geoffroy Didier était en 2006 le porte-parole de La Diagonale, un club de sarkozystes... de gauche. "A la demande de Brice Hortefeux", son mentor, précise-t-il. De son côté, Guillaume Peltier se voit souvent renvoyer à ses passages par le FN et le MPF. "Une erreur de jeunesse", plaide-t-il. Sans complexe.


*Outre " la Droite forte", cinq autres courants soumettront leur motion au vote des militants dimanche : "France moderne et humaniste", autour de Jean-Pierre Raffarin ; "la Droite populaire", qui représente l'aile droite du parti autour de Thierry Mariani ; "la Droite sociale" de Laurent Wauquiez ; "Les Gaullistes", de Michèle Alliot-Marie et enfin "la Boîte à idées", l'autre motion défendue par des trentenaires de l'UMP. Mais celle-ci se présente comme "anti-divisions".