L'armée de bénévoles est bien là. Mais elle tarde à être mobilisée. Que deviennent les milliers de volontaires - 5.400 selon les chiffres du ministère de l'Education -, ces avocats, journalistes, architectes, retraités et professionnels de tous horizons qui avaient répondu à l'appel "post-Charlie" de Najat Vallaud-Belkacem pour venir aider les enseignants à transmettre les valeurs républicaines à leurs élèves ? Très peu sont finalement réellement intervenus pour parler dans les classes de notions comme la laïcité ou la liberté d'expression, et transmettre leur expérience professionnelle ou associative.

Début décembre, une réunion organisée à la Sorbonne en présence d'une centaine de réservistes et de Najat-Vallaud-Belkacem avait ainsi été mouvementée, beaucoup s'étant plaints de ne jamais avoir été rappelés après été recrutés via le portail dédié mis en place. "Quand va-t-on entrer en action ? Nous avons envie d’agir, d’être utile. Pourquoi est-ce si long ?", avait ainsi notamment tempêté une femme, journaliste à la retraite, selon le compte-rendu qu'en avait alors fait Libération. La rencontre s'était achevée "dans le brouhaha général", ajoutait le quotidien.

"Une idée formidable", mais "c'est lent"...

"C'est vrai que la mise en place est laborieuse", confirme auprès de metronews le coach et formateur de dirigeants Pierre Cohen Tanugi. Lorsqu'il avait entendu parler de la création de la réserve citoyenne, cet ancien patron d'une agence de marketing et de communication s'était "précipité" pour s'inscrire. "C'est une idée formidable qui répondait à un besoin que j'avais ressenti dès les attentats de janvier, explique-t-il. Tout de suite, je m'étais dit qu'il était intolérable de voir des réactions comme celles qui ont été observées à l'époque dans les écoles, du type bras d'honneur et refus de respecter la minute de silence, et qu'il fallait aller parler avec les jeunes pour les ramener aux valeurs de base, aux piliers de la République".

Mais des mois plus tard, il n'a toujours pas été sollicité, pas plus que les autres "recrutés" parmi ses connaissances. "Je reste déterminé", sourit toutefois Pierre Cohen Tanugi, alors qu'il s'apprête à participer, en fin de journée ce jeudi 7 janvier, à l'assemblée constitutive d'un "collectif de la réserve citoyenne", qui aura pour but de représenter les réservistes, de leur permettre d'échanger entre eux et de constituer un interlocuteur pour l'Education Nationale. "C'est lent, mais en même temps je le comprends, conclut-il : il s'agit d'une démarche d'ampleur, dont tout le monde a conscience qu'elle n'est pas l'affaire de deux ou trois ans mais qu'elle se fait dans la durée." 

"Utile sur le long terme"

Au ministère de l'Education, on admet que la construction du dispositif, avec la mise en place de "référents" dans chaque académie ou la vérification du profil de chaque candidat, a "évidemment" pris du temps, mais on assure qu'il "monte en puissance". Ce que nous confirme le "référent" de l'académie d'Amiens, Olivier Lhermitte, qui nous explique recevoir "de plus en plus d'appels de chefs d'établissement" et que, si jusqu'ici un seul de ses 92 réservistes a réalisé une intervention, "plusieurs" sont prévues cette semaine et "une dizaine" à la fin du mois.

"Nous comprenons qu'il y ait des impatiences, mais la réserve citoyenne va être utile sur le long terme", plaide-t-on également rue de Grenelle, où une conseillère de la ministre met en avant le fait que "les réservistes n'interviennent qu'à la demande des enseignants", et que c'est donc auprès de ces derniers qu'il faut davantage communiquer. Ce que Najat Vallaud-Belkacem s'apprête à faire en leur envoyant "dans les heures à venir" un nouveau mail sur le dispositif. Un nouveau site recensant les propositions d'intervention, qui sera directement accessible aux professeurs alors que l'actuel n'est consultable que par les chefs d'établissement et directeurs d'école, doit également prochainement voir le jour.

Reste à convaincre totalement les enseignants. Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU-Paris, reste dubitatif. "L'idée n'est pas que des gens inscrits soient déçus, ce n'est pas notre but", explique le responsable syndical en soulignant que "l'école n'est pas fermée" et qu'elle accueille depuis longtemps des intervenants pour témoigner devant les élèves. "Mais sous le coup de l'émotion, le ministère a un peu fait croire aux citoyens qu'ils étaient tous bienvenus dans les écoles pour intervenir, alors qu'il faut savoir de qui nous avons vraiment besoin sur le terrain : toute personne n'est pas intéressante pour venir dans une classe." Une fois réellement mise en branle, la réserve citoyenne devra encore passer l'épreuve du feu.

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