Pétrole, multinationale, escroquerie et gros sous. Tous les ingrédients sulfureux réunis pour une saga judiciaire à rebondissements. Dans le cadre d'une affaire de contrats pétroliers qui oppose deux provinces russes au géant français du pétrole, Total, l'ancien président du tribunal de commerce de Paris, Jean-Pierre Mattei, a été mis en examen le 15 novembre, révèle lundi le Monde lundi.

Se considérant flouées par l'abandon d'un projet pétrolier en 1995 avec une filiale aujourd'hui disparue de Total, ces deux régions russes avaient obtenu en 2009 la constitution d'un tribunal arbitral pour régler le litige - tribunal dont les arbitres sont choisis par les deux parties. Or Total affirme ne pas avoir été consulté, contestant notamment le choix de Jean-Pierre Mattei comme arbitre. En 2011, le groupe portait donc plainte pour "escroquerie en bande organisée".

Une procédure pour éviter les tribunaux

Tout commence en 1992 en Russie. Dans les froides provinces de Saratov et Volgograd, deux entreprises ont signé un contrat juteux. Le groupe français Elf d'une part – par le biais de sa filiale Elf Neftegaz – et la société russe Interneft d'autre part. Ensemble, elles doivent explorer et exploiter des gisements d'hydrocarbures dans les deux régions. Mais l'opération tombe à l'eau trois ans plus tard.

Les années passent, Elf est englouti par Total et Elf Neftegaz dissoute. Mais en 2009, les deux provinces se réveillent et se rebiffent, se considérant flouées par l'abandon du projet. Pour éviter de passer devant les tribunaux judiciaires, elles choisissent de régler l'affaire devant un tribunal arbitral. Il est composé d'arbitres, désignés par les deux camps. Jean-Pierre Mattei est, entre autres, appelé à en faire partie.

Dédé la Sardine dans les parages

C'est là que les choses s'enveniment. Total assure qu'elle n'a pas été consultée pour la constitution du tribunal arbitral et porte plainte en 2011 auprès du parquet de Nanterre pour "escroquerie en bande organisée". Le domicile de Mattei est perquisitionné. Pour Total, l'arbitrage est frauduleux et dissimule la volonté de lui faire allonger des sommes rondelettes : Volgograd et de Saratov réclameraient environ 16 milliards d'euros de dédommagement. Selon elles, Elf – et donc Total – est responsable de l'abandon du projet.

L'affaire ne serait pas parfaite sans l'intervention d'un individu un peu louche : André Guelfi, dit "Dédé la sardine", qui avait été choisi comme intermédiaire par le président d'Elf, Loïk Le Floch-Prigent pour repérer des gisements. Mais succédant en 1993 à ce dernier à la tête d'ELF, Philippe Jaffré met un terme au contrat en 1995.