Quel est le point commun entre une vache  et une voiture? Aujourd'hui aucun (sauf peut-être les sièges en cuir). Mais dès l'an prochain, les véhicules diesel pourraient bien rouler grâce à de la graisse animale. Le groupement des Mousquetaires (Intermarché, Netto...) se lance dans une première en France: la fabrication de carburant à partir des déchets de viande non comestibles récupérées dans ses abattoirs et dans les rayons boucherie de ses supermarchés. Une usine du projet Ecomotion est en cours de construction au Havre, tout près des terminaux pétroliers.

Une alternative aux biocarburants décriés

"Notre projet réduira la compétition agricole entre nourriture et carburant", explique Michel Ortega, président du pôle industriel des Mousquetaires. En effet, les biocarburants, encouragés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, sont pointés du doigt car ils utilisent des plantes alimentaires (colza, tournesol, soja...) et occupent des terres agricoles au détriment de cultures nourricières. Des recherches sont en cours sur une seconde génération, valorisant des déchets végétaux, mais ces technologies sont encore complexes et chères.

"En France, 130 000 tonnes de graisse animales impropres à l'alimentation sont produites chaque année. La plupart sont brûlées dans des chaudières. Le biocarburant les valorisera mieux", précise jean Louis Huret, président de Saria, une entreprise d'équarrissage partenaire du projet. Elle possède déjà deux usines de ce type en Allemagne.

83% de gaz à effet de serre en moins

Les "coproduits" de la filière élevage sont récoltés par Saria, qui en extrait la matière grasse. Elle est ensuite mélangée en usine à du méthanol pour obtenir du carburant. L'usine Ecomotion, qui entreta en activité dans le courant de l'année prochaine, produira chaque année 75 000 tonnes de biodiésel. L'avantage écologique est net : 83 % de gaz à effet de serre économisés et moins de particules nocives que le diesel classique.

Mais en réalité, ces carburants sont complémentaires, puisque le biocarburant  d'origine animale doit être mélangé à du biocarburant végétal avant d'être (à hauteur de 7%) dans le diesel classique. Le mélange sera disponible à partir de décembre 2013 dans les stations services.