2011 vient d’être consacrée par l’ONU Année internationale des forêts. Réunis en décembre à Londres, les défenseurs des grands singes — parmi lesquels Jane Goodall pour les chimpanzés, Aurélien Brûlé pour les gibbons, Ian Redmond pour les gorilles, Birute Galdikas pour les orangs-outangs, Jo Thompson pour les bonobos, et le Français Aurélien Brûlé pour les gibbons — ont fait le point sur les espèces me­nacées par la déforestation, notamment en Amazonie, dans le bassin du Congo et en Indonésie.

L’occasion de rappeler une nouvelle fois que les cultures de palmiers à huile empiètent de manière inquiétante sur les forêts tropicales, au détriment de la faune mais aussi des populations locales dépendantes des ressources forestières. « Incorporée dans trois produits alimentaires sur dix, l’huile de palme est devenue une des locomotives économiques de l’Indonésie mais le revers de la médaille est dramatique », explique Aurélien Brûlé, surnommé Chanee, qui dénonce par ailleurs des conditions de travail proches de l’esclavage dans certaines palmeraies.

35 000 hectares de réserves
A la tête de l’association Kalaweit, fondée avec le soutien de Muriel Robin, Aurélien Brûlé, 31 ans, a dédié sa vie depuis une dizaine d’années à la protection des gibbons en Indonésie, victimes à la fois des pelleteuses et des braconniers répondant à une forte demande de « jouets vivants » pour les enfants. A l’origine de la création d’un premier « sanctuaire » en 1998, l’organisme, en pourparlers réguliers avec les autorités du pays, gère désormais plus de 35 000 hectares de réserves réparties entre Bornéo et Sumatra.

Une "radio participative"

L'association emploie 52 personnes : soigneurs, vétérinaires, gardes forestiers… et animateurs. Car pour faire retentir le cri du gibbon, Kalaweit a créé en 2003 sa propre radio. Y alternent des émissions « dans l’esprit Skyrock ou Fun Radio » et des programmes participatifs lors desquels les auditeurs signalent la présence de bêtes soit mal en point soit indésirables dans les villages. « 60% des animaux récupérés l’ont été grâce aux auditeurs. Tout le monde y trouve son compte car nous protégeons un certain nombre d’espèces tout en les empêchant de nuire. Il y a trois ans, on a ainsi capturé 300 macaques qui détruisaient les cultures. On nous appelle aussi pour des pythons, des tapirs, des tigres… », raconte Chanee.

Une vision plus incarnée de l'écologie
Chemin faisant, la « passion exclusive » pour le gibbon qui l’animait depuis son adolescence (« j‘ai longtemps porté des œillères », admet le jeune homme) a fait place à une vision plus incarnée de l’écologie : « La défense d’une espèce est indissociable de la protection des populations humaines et des écosystèmes dans leur ensemble », lance le jeune homme, qui a également épousé la cause du peuple Dayak, une communauté locale, en se mariant à l’une de ses membres. Partisan du boycott de l’huile de palme dans les pays occidentaux, Chanee se dit aussi la cible d’attaques : « Ma maison est désormais gardée 24 heures sur 24 », assure-t-il. Plus qu’une passion, un sacerdoce…

Le site de l'association : www.kalaweit.com