"Quand j'ai réalisé que je pouvais déchiffrer les plaques d'immatriculation, j'ai commencé à déambuler dans les rues pour les lire." Vanna Belton, une Américaine originaire de Baltimore était aveugle depuis cinq ans à la suite d'une névrite optique sévère (une inflammation très grave du nerf optique). Mais aujourd'hui, elle peut à nouveau voir.

Partiellement, certes, mais elle est passée d'un monde de ténèbres à des îlots de vision et cela représente une différence de taille. L'opération, réalisée par l'ophtalmologiste américain Jeffrey N. Weiss, représente-t-elle une avancée chirurgicale majeure ? Une réponse en demi-teinte s'impose.

Les cellules souches à la rescousse

Pour retrouver des capacités visuelles, la patiente a subi une greffe de cellules souches. Ces cellules prélevées sur la moelle osseuse ont la capacité de s'adapter à de nombreux environnements dans le corps humain et, bien souvent, elles viennent réparer des organismes endommagés. Nous vous avions d'ailleurs parlé dans ces colonnes du succès remporté par des expérimentations en matière de cellules souches sur des patients atteints de sclérose en plaques. Ces derniers avaient réussi à remarcher après que la maladie les avait cloués à leur fauteuil.

En l'espèce, ces cellules souches prélevées sur la patiente ont ensuite été greffées dans sa rétine droite et dans son nerf optique gauche. Après une opération de quatre à cinq heures, la patiente a ainsi recouvert partiellement la vue, passant d'une cécité totale à des capacités réduites, mais existantes.

Une méthodologie insuffisante

Mais la méthode du docteur Weiss est loin de faire l'unanimité car ce dernier n' a pas respecté toutes les étapes du protocole pour faire valider médicalement une telle expérience. Tout d'abord, les tests en laboratoire et sur les animaux n'ont pas été effectués en amont de cette opération. Ensuite, aucun traitement par placebo n'a été proposé aux cobayes à titre comparatif, comme le souligne une journaliste spécialisée du Baltimore Sun.

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Le problème est que, en ayant sauté ces étapes, la méthodologie de cette expérience devient bancale et qu'il est aujourd'hui quasiment impossible d'expliquer pourquoi et comment cet essai clinique a donné ces résultats positifs. D'autant plus que les cellules souches n'ont pas été greffées au même endroit (certaines dans la rétine, d'autres dans le nerf optique). Mais force est de constater que les deux méthodes ont donné les mêmes résultats.

Difficile, donc, d'espérer des résultats concluants sur le long terme. Encore moins de dire si une nouvelle greffe issue des mêmes méthodes améliorerait les résultats en question... ou les détruirait. Mais, toute à sa joie de voir à nouveau, Vanna Belton balaie ces critiques d'un revers de la main : "Je suis heureuse de faire office de rat de laboratoire". 

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