A la demande de l'Italie et de la France, échauffées par l'arrivée ces derniers mois de 25 000 migrants, essentiellement tunisiens, sur le territoire italien et dont 3500 sont passés dans l'Hexagone, Cécilia Malmström, la commissaire européenne aux affaires intérieures, doit proposer mercredi une réforme de l'espace Schengen, qui sera discutée le 12 mai par les ministres européens de l'Intérieur.

La libre circulation des biens et des personnes à l'intérieur de ses pays membres va être restreinte par la possibilité pour les Etats de rétablir temporairement leurs frontières nationales. Et même si José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a bien précisé que ce rétablissement provisoire des contrôles n'est qu'une "possibilité parmi d'autres" à utiliser dans des conditions exceptionnelles, le symbole est là.

Pour Yves Pascouau, du laboratoire d'idées European Policy Centre, ces modifications entraineront "un renversement complet de la philosophie de Schengen, basée sur un système de confiance mutuelle et de solidarité entre ses membres" pour une lutte efficace contre l'immigration irrégulière. Aujourd'hui, un Etat ne peut rétablir les contrôles à ses frontières qu'en cas de "menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure".

Mais la France estime trop restrictives ces "clauses de sauvegarde" et souhaite les élargir en cas de "défaillance" d’un Etat dans la surveillance de ses frontières. Sur son blog, Cécilia Malmström met en garde contre des mesures "dictées par des mouvements populistes".

Elle devrait cependant proposer un renforcement des compétences de Frontex, l'organisme chargé de surveiller les frontières extérieures de l'UE. Pour Marie Hénocq, de la Cimade, "la seule solidarité qui se dessine va dans le sens d'un renforcement unanime des mesures de police. L'esprit de Schengen est renié".