Joli soleil sur la Rochelle, ce vendredi matin. "Un temps à ne pas mettre Hollande dehors", ricane un jeune militant, qui attend que s'ouvrent les portes de l'université d'été du PS. Une référence à la fameuse manie présidentielle de s'afficher en public sous des trombes d'eau, sans parapluie. S'ils se montrent volontiers grinçants, les militants sont au rendez-vous, et en nombre à en croire la direction du parti. "Nous avons enregistré près de 3.000 pré-inscriptions, contre un peu plus de 2.000 l'an dernier", se félicite le sénateur David Assouline, qui organise cette année la grand-messe. Les jeunes socialistes (MJS) affichent également une participation en hausse : 800 adhérents ont fait le déplacement. En tout, donc, environ 4000 personnes sont attendues ce week-end. Un engouement a priori surprenant, alors que le parti se montre plus divisé que jamais, au bord de l'implosion diront certains.

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"Justement, la situation difficile du PS nous a motivés à venir à la Rochelle, précise Hadrien, 21 ans, venu de Paris avec quelques amis. On a envie de participer plus activement à la vie du parti, qui est en train de perdre le soutien populaire". "On est là pour montrer notre fidélité au gouvernement", embraye à ses côtés Vincent, 18 ans. La dérive sociale-libérale pointée par les députés frondeurs ? "Il n'y a pas de dérive, le cap est fixé depuis le début, c'est juste une politique qui s'assume enfin". Le discours officiel des instances du parti a porté. De là à applaudir Manuel Valls, quand il viendra clore les ateliers dimanche ? "On va l'écouter mais pour les applaudissements, on jugera sur pièce", lâchent tout de même les deux camarades.

"Nous ne sommes pas dans un stade de foot"

Conscients que les militants, après la semaine infernale qui s'achève, auront besoin d'être écoutés et rassurés, les organisateurs ont voulu placer l'édition 2014 sous le signe du débat. "Il faut répondre à leurs doutes", insiste David Assouline. Chaque réunion commencera donc par une session de questions venues du public. Le débat aura aussi lieu à la tribune, puisqu'à côté des ex-ministres éjectés lundi (Arnaud Montebourg et Benoît Hamon ont maintenu leur participation aux tables rondes), des ministres en place ont été invités. C'est ainsi qu'on pourra entendre samedi le ministre des Finances, Michel Sapin, et son ex-colocataire de Bercy discourir dans le même atelier sur la politique économique de la France.

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"Le débat, ça fait partie de nos gènes, sourit Joseph, 72 ans, qui connaît bien les états d'âme du parti qu'il fréquente depuis un demi-siècle. Si tu n'aimes pas ça, c'est que tu n'es pas socialiste !" En démissionnant les voix dissidentes, Manuel Valls et François Hollande se sont pourtant employés à tuer toute discussion au sommet de l'Etat. Soutenus, jeudi, par 200 députés signataires d'une tribune qualifiant les dissensions au sein de la majorité sur la politique économique du gouvernement, de "pseudo-débat". Dans quel but, donc, discuter à La Rochelle ? Certainement pas pour mettre en difficulté l'exécutif, martèle en tout cas la direction du parti, soucieuse que le rassemblement ne tourne pas à l'aigre. "Je me porte garant des débats mais je ne saurais accepter qu'ils aient pour but de renverser le gouvernement", a ainsi lancé le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. "Nous ne sommes pas dans un stade de foot, rappelle David Assouline. Le débat oui, l'affrontement non !"

"Pas question de se taire, prévient malgré tout Stéphane, 32 ans, venu de région parisienne. Ce n'est pas pour la ligne Valls que j'ai voté en 2012, et je suis venu le rappeler à nos élus". "Dans les campagnes, où on se bat au quotidien contre la montée du FN, on a de plus en plus de mal à expliquer la politique du gouvernement, reconnaît Jocelyne, 58 ans, qui vit dans le Centre. En dehors des réformes sociétales, on manque d'une vraie politique de gauche". Qu'attend-elle de Manuel Valls, dimanche ? "Qu'il porte un vrai élan, de quoi raviver la flamme de gauche qu'on a tous quelque part". Pour ces militants-là, le week-end rochelais risque bien de virer, comme l'a écrit Cécile Duflot après avoir quitté le gouvernement, à un voyage au pays de la désillusion.

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