C'est sa première université d'été en tant que chef de "famille". Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a été gâté. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a ouvert le bal ce vendredi après-midi dans un climat électrique. Dans les travées de l'espace Encan, qui abrite les festivités, des militants grincent contre ce qu'ils appellent le "renoncement du gouvernement aux idéaux de gauche". Les élus "frondeurs", qu'on ne présente plus, se réunissent quant à eux vendredi soir, pour fourbir leurs armes à la veille du lancement de leur mouvement : "Vive la gauche !". Et la venue des ex-ministres dissidents, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, agite les esprits.

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Pas de quoi démonter le premier pompier du parti, qui a placé les travaux de La Rochelle sous le signe de "la célébration des idées et de l'amitié socialiste", rien de moins. Inlassablement depuis jeudi, sur toutes les chaînes et sur tous les tons, il répète ce même message : les socialistes ne se déchirent pas, ils débattent. Philosophe, l'élu de Paris sait que les désaccords sont "dans l'ADN du parti" : "Depuis près de 20 ans que je viens à La Rochelle, je n'ai jamais vu une réunion commencer dans l'unanimité". "On nous dit que le débat c'est forcément la cacophonie, le désordre et un spectacle qui peut décevoir, a lancé dans son sillage le sénateur David Assouline à la tribune. Nous les avons voulus libres !"

Le retour de la synthèse

"Mais de quoi voulez-vous qu'on débatte, gromelle un militant. François Hollande et Manuel Valls ont été assez clairs cette semaine : il n'y a qu'une ligne possible". A ces brebis perdues, Jean-Christophe Cambadélis répond : "Nous pouvons moderniser le pays sans nous renier" . Sans se contredire, en revanche, c'est moins sûr... Au moment même de son discours d'ouverture, Manuel Valls prend en effet la parole pour annoncer le détricotage de la loi Logement, votée en février sous l'impulsion de Cécile Duflot. Une nouvelle couleuvre à avaler pour les déçus. Mais toujours pas de quoi déstabiliser le patron du PS qui, quand on lui demande si c'est de gauche, répond tranquillement : "Tout à fait". Et tente d'apaiser les frondeurs qui s'insurgent : "Participez respectueusement au débat, ne vous enfermez pas dans les dogmes. Les divergences, il y a deux manières de les traiter : les surmonter ou les faire vivre pour ne pas y survivre."

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Si l'université se conclut dimanche sans trop de dommages pour le parti socialiste, ni trop de sifflets pour le Premier ministre qui viendra la conclure, le premier secrétaire pourra se vanter d'avoir placé ses premiers pas dans ceux d'un illustre prédécesseur. En expliquant que le PS "fera synthèse" à l'issue de l'exercice, il a en effet rappelé le temps de François Hollande, dont l'art en ce domaine était devenu légendaire. Mais ce délicat exercice d'équilibriste n'est que le début d'un marathon : Jean-Christophe Cambadélis a en effet lancé vendredi les "états généraux du socialisme", un vaste processus de concertation des militants qui va durer jusqu'au 6 décembre. Et surtout, l'année prochaine doit être celle d'un nouveau congrès. Objectif du processus selon lui ? "Nous redéfinir, nous réinventer. Qu'est-ce qu'être socialiste et pourquoi devenir socialiste ?". Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, venu l'épauler à La Rochelle, a déjà donné un élément de réponse : "Au PS il n'y a pas qu'une seule rose, il y a un bouquet". Et beaucoup d'épines.

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