Voilà une idée qui ne va pas plaire aux profs. Le député PS de Meurthe-et-Moselle, Jean-Yves Le Déaut, suggère, dans un rapport sur la réforme de l'enseignement supérieur, que les étudiants puissent noter les enseignements dont ils bénéficient, selon Le Figaro. Le document de 158 pages, intitulé "Refonder l'université, dynamiser la recherche : mieux coopérer pour réussir", a été remis au Premier ministre le 14 janvier.

"Il ne faut pas avoir peur de l'évaluation, souligne-t-il. Ce n'est pas une sanction mais un moyen d'amélioration de l'enseignement", explique pour Metro le député qui propose de soumettre un questionnaire aux étudiants à la fin de chaque semestre. "Et une évaluation des enseignements ira logiquement vers une évaluation des enseignants", estime ce professeur en biologie moléculaire qui pratique déjà la méthode avec ses étudiants.

Déjà testée à Bordeaux

Vieille antienne dans le milieu de l'enseignement supérieur, la question de l'évaluation des enseignements et enseignants avait notamment été abordée en 2008, avec la loi LRU, dite d’"autonomie des universités". Valérie Pécresse, alors ministre de l'Enseignement supérieur, avait ainsi déclaré souhaiter "que ça se mette en place", décrivant le dispositif comme un "outil de pilotage". Jean-Yves Le Déaut avait quant à lui déjà fait une telle proposition à Lionel Jospin en 1999.

L'évaluation par les étudiants est en fait obligatoire depuis 1997 mais rarement appliquée depuis. Certaines écoles comme Sciences Po Paris la pratiquent ou encore l'université de Bordeaux Segalen. "C'est un outil formidable, qui a été très bien accueilli par les professeurs, explique au journal le professeur Emmanuel Cuny, responsable du dispositif. Il nous permet d'aider avant tout les enseignants en difficulté à améliorer leurs cours". Jean-Yves Le Déaut approuve : "On ne peut pas évaluer un enseignant chercheur sans prendre en compte ses enseignements, c'est anormal", martèle-t-il.

Mais la mise en œuvre généralisée et inscrite dans la loi d'une tel système semble compliquée, face à un possible barrage du corps enseignant. "Certes, il y a quelques réticences du côté des professeurs mais les étudiants, l'Unef notamment, y sont favorables, explique Jean-Yves Le Déaut. Et j'ai eu de bons échos du côté du gouvernement, estime le député PS. Le ministère de l'Enseignement supérieur a toutefois indiqué au Figaro que "cette proposition ne sera pas imposée".