On a l'impression que les mesures annoncées fin août par François Fillon ont été tellement modifiées et que les 11 milliards d'économies annoncées en 2012 ne seront pas réalisées...
Les objectifs seront tenus à l'euro près. Ce qu'il faut comprendre, c'est que ce plan anti-déficit est un plan complémentaire d'une action que l'on mène depuis 2010. En 2010, nous avions 7% de déficit, en 2011 nous serons à 5,7%. En 2012, nous serons à 4,5% et en 2013 à 3%. Depuis 2010, nous avons fait un effort de l'ordre de 45 milliards. Le plan annoncé fin août n'a pour but que de nous aider à atteindre notre objectif de 4,5% de déficit en 2012. On oublie que, chaque année, nous faisons 16 milliards d'euros d'économies, grâce aux réformes (hôpital, non-remplacement d’un départ de fonctionnaire sur deux, retraites…). Il faut regarder les choses en face : nous avons une dette très forte, un déficit important. Et la seule manière de sortir de l'ornière, c'est de faire des économies. Pour la première fois depuis 1945, les dépenses de l’Etat diminueront en 2012.

Les parlementaires ont quand même fait beaucoup d'amendements...
Oui, mais nous avons une exigence commune, celle de tenir nos objectifs. Chaque recette perdue doit être compensée. Avec une contrainte : on ne touche pas à ce qui pourrait casser la croissance, l'emploi, le pouvoir d'achat et la cohésion sociale. Et on essaie d'être le plus équitable possible dans les efforts demandés.

Vous avez été très critiqués sur la taxe exceptionnelle sur les hauts revenus. C'est pour cela que vous avez abaissé le seuil à 250 000 euros ?
Il faut voir que dans le plan, les ménages aisés sont taxés trois fois. Puisque quand on est aisé, on a plus de patrimoine, plus d'immobilier et plus de revenus. On est donc plus taxé sur les plus-values des résidences secondaires, plus taxé sur la hausse des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine. Les ménages aisés contribueront à hauteur de 750 millions d'euros sur les 1,5 milliard attendus de cette taxe. Et enfin, ils sont taxés sur les revenus avec la taxe exceptionnelle. Avec l'abaissement du seuil à 250 000 euros, ce sera même près de 3,9 milliards qui pèseront sur les ménages aisés.

Vous donnez l'impression que nous avons les outils pour retrouver l'équilibre. A-t-on besoin d'une règle d'or ?
Nous nous appliquons la règle d'or à nous même. Mais nous entrons en période d'élection présidentielle, qui est une période où certains promettent n'importe quoi. La preuve : la primaire du Parti socialiste. J'ai écouté les propositions et j'ai entendu une surenchère de propositions totalement démagogique. Et je n'ai jamais entendu le mot "économie" ou le mot "réforme". Et le soi-disant candidat raisonnable promet de revenir à la retraite à 60 ans. En 2018, la réforme des retraites représentera 24 milliards d'euros d'économies. Il va falloir nous expliquer où il va les trouver. Il veut également créer 60.000 postes dans l'Education nationale. Si, entre 1996 et 2002, Lionel Jospin avait appliqué la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux au lieu de créer 120.000 postes dans la fonction publique et bien nous aurions réduit la dette de 100 milliards d'euros aujourd'hui.

Certains disent aussi que sans les mesures prises par Nicolas Sarkozy, l'endettement actuel ne serait pas aussi important...
Oui mais, en 2007, la situation était différente. Il s'agissait à ce moment de soutenir la croissance. C'est pour cela que nous avons pris des mesures telles que la défiscalisation des heures supplémentaires, pour maintenir le pouvoir d'achat des ménages. La crise est venue changer la donne. Et nous l'avons pris en compte en changeant nos priorités : Nicolas Sarkozy est, par exemple, revenu sur le bouclier fiscal.

Pensez-vous que les Français, à l'heure de l'élection présidentielle, sont prêts à entendre ce discours ?
Les Français veulent entendre la vérité. La priorité, c'est la réduction des déficits. Et nous allons y arriver progressivement. Nous n'avons pris aucune mesure qui soit récessive, comme ont pu le faire nos voisins. Ainsi, nous avons augmenté l'allocation adulte handicapé, quand d'autres baissaient les salaires des fonctionnaires.


Vous avez décidé de doubler la taxe soda ?
Dans le projet du gouvernement, la taxe soda c'est un centime par canette sur les boissons à sucre ajouté. Et les recettes de cette taxe, soit 120 millions d'euros en année pleine, sont destinées à combler le déficit public. Mais nous nous sommes rendus compte que nous téléscopions une proposition de baisse des charges du travail agricole par le biais d'une taxe similaire. Comme nous avions déjà affecté les recettes, la question du doublement de la taxe a été évoquée, et un amendement parlementaire sera déposé en ce sens. La taxe soda permettra donc à la fois de réduire le déficit et d'abaisser le coût du travail agricole.

La commission des Finances de l'Assemblée vient d'élargir la mesure aux boissons contenant des édulcorants...
Ce n'est pas le projet du gouvernement.

Est-ce vraiment une question sanitaire ou juste un moyen simple de faire rentrer de l'argent dans les caisses ?
Je crois que les taxes comportementales sont des taxes très intéressantes, notamment en termes de prévention sanitaire, parce que ce sont des taxes qui incitent ou non à consommer tel ou tel produit. Et n'oublions pas que les sodas bénéficient aujourd'hui d'une TVA à 5,5%, comme les produits alimentaires de première nécessité.

Faut-il alors aller plus loin et taxer d'autres produits ?
Notre objectif n'est pas de "normer" les comportements. Mais si on est dans la prévention, on doit dire qu'il y a des surconsommation de certains produits qui peuvent être risquées. Mais il y a d'autres moyens de prévention que les taxes. Regardez ce que nous avons fait en lien avec les industriels avec les bandeaux préventifs à la télévision ou l’interdiction des distributeurs d’aliments trop gras, trop sucrés et à faible valeur nutritive dans les écoles. Et cela marche : l'obésité chez les jeunes s'est stabilisée depuis deux ou trois ans. La santé publique reste notre priorité.

Qu'avez-vous pensé de la primaire socialiste ?
Elle est en train de mal tourner. Il n'y a pas de leader incontesté qui émerge et on ne sait toujours pas quelle ligne politique va l'emporter. Et cette surenchère démagogique m'inquiète : la retraite à 60 ans, les 300 000 emplois jeunes, les 60 000 emplois dans l'éducation nationale, le milliard pour la culture. L'addition va être salée. Et en plus maintenant, on parle de démondialisation ! La démondialisation, c'est la vie sans les autres et la récession pour tous. Fermer les frontières, c'est extrêmement dangereux. Je rappelle qu'il y a un emploi sur quatre en France qui dépend d'une entreprise étrangère. Nous sommes la cinquième puissance exportatrice au monde et la deuxième en Europe. On ne peut pas se couper du monde, car la mondialisation, c'est la richesse, quand bien même elle a des effets pervers. Notre devoir, c’est de combattre ces effets pervers. C’est tout le combat de Nicolas Sarkozy à l’occasion de la présidence du G20.