Que sait l'histoire des déportations d'homosexuels par le régime nazi ?
La répression a été essentiellement faite en Allemagne mais, en France, de part notamment ses départements annexés, et du fait de la période de l'occupation, des personnes ont été arrêtées pour ce motif et ont été déportées dans des camps de concentration, selon notamment la reconnaissance de la loi de 1948 sur les déportés politiques et la façon dont elles ont été assimilées.
Combien de personnes homosexuelles ont-été concernées par cette répression ?
Il y a eu entre 5 000 et 10 000 déportés pour homosexualité par les nazis en Europe, selon le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM). Concernant les Français, 63 cas de personnes arrêtées pour motif d'homosexualité ont été recensés par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, reconnue par l'Etat et les déportés, dont une vingtaine ont été déportés. Certes ces personnes n'ont pas eu le triangle rose comme ce fût le cas en Allemagne, mais le système les a assimilées à des dissidents politiques. Arrêtées en zone occupée, notamment à Paris, elles étaient obligées de porter le triangle rouge dans les camps. En outre, les personnes arrêtées en Alsace et Moselle vivaient en territoires annexés mais étaient et sont restées Françaises.
Dans quel contexte et comment cette répression s'est mise en place ?
L'Allemagne avait dans son code pénal en 1871 une loi qui pénalisait les relations contre nature entre hommes mais qui n'était pas appliquée. Berlin était même considérée, jusqu'aux années 30, comme la capitale européenne gay. A l'arrivée des nazis, la répression s'est mise en place. Himmler, le chef des SS, a même considéré dans un discours les homosexuels comme nuisant à la reproduction de la race. En France, la discrimination est passée sous Pétain, en 1942, par l'âge de la sexualité. Il a alors été décrété que la minorité sexuelle pour les hétérosexuels était à 15 ans, contre 21 ans pour les homosexuels.
Parmi les victimes de cette répression, il y a une personnalité emblématique : Pierre Seel...
Pierre Seel a été arrêté à Mulhouse après avoir porté plainte pour le vol de sa montre dans un lieu de rencontres homosexuelles deux ans auparavant. Il a été envoyé au camp alsacien de redressement de Schirmeck-Vorbrück, dont les internés ont été reconnus par la loi française comme des déportés politiques. Une rue à Toulouse, là où il a mené son combat de mémoire et fini sa vie, et une plaque à Mulhouse lui sont décernées.
L'Etat français lui-même a reconnu la déportation de personnes en raison de leur homosexualité...
En effet, il y a les déclarations publiques du Premier ministre Lionel Jospin en 2001 et celles du président Jacques Chirac, qui, en 2005, a rendu hommage aux déportés. Il a alors déclaré, je cite : "En Allemagne, mais aussi sur notre territoire, celles et ceux que leur vie personnelle distinguait — je pense aux homosexuels — étaient poursuivis, arrêtés et déportés." De plus, une plaque en hommage aux déportés pour motif d'homosexualité a été déposée en 2010 au camp de concentration du Struthof (près de celui Schirmeck-Vorbrück, ndlr).
La reconnaissance de la répression qui a visé les homosexuels à cette époque a-t-il été un combat difficile ?
Oui. Dans les années 70, quand on a entendu parler des premiers témoignages de déportés homosexuels, on a pensé qu'il y avait des Français concernés mais il n'y avait pas de recherches historiques qui avaient été menées. Il a fallu attendre les années 2000 pour que ce travail soit entrepris.
Comment réagissez-vous aux récentes déclarations du député UMP Christian Vanneste ?
C'est encore bafouer la mémoire de personnes qui ont été oubliées pendant des années. C'est aussi l'occasion pour lui d'alimenter une polémique autour des questions d'égalité des droits pour les personnes homosexuelles. Il veut faire parler de lui. Cependant, avant de porter plainte, il faut réfléchir. Car cette démarche lui donnerait du crédit, ce que l'on ne veut pas.
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Les travaux et les informations recueillies par l'association Les "Oublié(e)s" de la Mémoire sont constultables sur le site internet www.devoiretmemoire.org



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