Voilà un sondage qui devrait mettre du baume au coeur des pharmaciens. A la question "seriez-vous prêt à acheter des médicaments sans ordonnance sur Internet ?", 81% des Français interrogés pour Metro par l'institut LH2 répondent "non". Une réponse inspirée par un sérieux manque de confiance : 74% des sondés craignent ainsi que les produits y soient de moins bonne qualité, voire contrefaits.

Cette inquiétude est a priori fondée : l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime en effet qu'environ la moitié des médicaments vendus en ligne dans le monde sont des contrefaçons. Sauf que c'est justement pour s'attaquer à ce problème de santé publique que l'Union européenne a voulu encadrer ce commerce, en 2011 : il est autorisé, mais uniquement par des pharmaciens diplômés et pour les médicaments non soumis à ordonnance obligatoire. "Il y a donc un gros effort de communication à faire pour rassurer les Français sur un risque qui devrait être limité", souligne Anne-Laure Gallay, directrice adjointe du département Opinion chez LH2.

Les pharmaciens traînent les pieds

Malgré leur méfiance, l'argument financier retient l'attention des Français : 56% se disent alléchés par la perspective de meilleurs prix. "Un profil très clair du consommateur qui serait prêt à franchir le cas se dégage, décrypte Anne-Laure Gallay : le jeune cadre urbain, plus habitué à Internet et qui, diplômé, se sent capable de pratiquer l'auto-médication."

De nombreux pharmaciens, en revanche, redoutent de perdre leur rôle de proximité avec les patients. Géographique, d'abord, avec 22.000 officines réparties sur tout le territoire. "La vente en ligne n'a pas de sens en France : personne ne se trouve à plus de 15 minutes d'une pharmacie", fait valoir pour Metro Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques (FSPF). Une proximité relationnelle, aussi : "Nous ne faisons pas uniquement de la vente mais aussi du conseil, rappelle estime Pascal Louis, président du CNGPO, fédération d'officines. Sur Internet, celui-ci est insuffisant."

Les professionnels de la santé estiment en outre que cette autorisation est un mauvais signal envoyé aux patients. "Maintenant qu'ils ont entendu que la vente en ligne est autorisée, ils pourraient ne pas faire le tri entre les sites autorisés et les frauduleux, alerte Philippe Gaertner. Ils risquent donc d'être encore plus exposés à la contrefaçon." Ou quand le remède pourrait s'avérer pire que le mal.