La sanction ne s'est pas fait attendre. Le titre EDF perdait plus de 6% à l'ouverture de la bourse de Paris, lundi, suite à l'annonce de la démission du directeur financier de l'électricien. Un départ lié à un désaccord sur le projet controversé de construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point en Angleterre, a indiqué l'entourage du groupe. Thomas Piquemal sera remplacé "à titre provisoire" par Xavier Girre, jusqu'ici directeur financier d'EDF pour la France, a indiqué lundi le groupe.

Le désaccord porte "sur la faisabilité à court terme" de ce projet gigantesque de 18 milliards de livres (23,2 milliards d'euros), pour lequel le géant français de l'électricité tarde à prendre une décision finale d'investissement, ultime étape pour sa concrétisation. Celle-ci devait intervenir le 30 mars prochain, lors du conseil d’administration du groupe, rapporte LCI.

Un sujet polémique

La démission du directeur financier est un nouveau coup dur pour ce projet très critiqué par les syndicats qui estiment même que son montant exorbitant "pourrait à lui seul remettre en cause la viabilité de l'entreprise", cite la chaîne d'information. Un projet cependant défendu encore récemment par le ministre français de l'Economie, Emmanuel Macron, qui a qualifié mardi le projet controversé de "très bon investissement" pour l'électricien français.

Sur France info, lundi matin, le secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, l'écologiste Jean-Vincent Placé a qualifié la construction de l'EPR d'"impasse". "M. (Thomas) Piquemal (directeur financier d'EDF), qui a démissionné, ce n’est pas un anti-nucléaire, il n’est pas pour la sortie du nucléaire. Et pourtant il dit ce que nous disons depuis 15 ans, c’est-à-dire que l’EPR est une impasse économique, industrielle et commerciale", a réagi Jean-Vincent Placé. "Je le dis et je l’assume. Triplement du coût de Flamanville, le réacteur finlandais on ne sait pas où on en est (...), et la fuite en avant à Hinkley Point (Angleterre), sur un sujet aussi lourd, cela doit interroger la stratégie d’EDF", a poursuivi le secrétaire d'Etat.

L'Allemagne demande la fermeture de Fessenheim

Une stratégie dont s'inquiètent fortement les syndicats, qui ont appelé mi février à une mobilisation pour la pérennité de l'entreprise, alors que le groupe a annoncé une baisse de ses effectifs, sans licenciements. Inquiets également, les pays voisins de la France, qui pointent l’ancienneté de plusieurs centrales françaises, à commencer par Fessenheim, mise en service en 1977 et toute proche de la frontière avec l'Allemagne et la Suisse, dont la ministre allemande de l'Environnement Barbara Hendricks, a réclamé vendredi le démantèlement.

En réponse, une responsable de l'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN) avait déclaré qu'il n'y avait "pas de raisons de fermer" Fessenheim, qui se trouve "dans la moyenne" des centrales françaises, avec un niveau de sécurité "globalement satisfaisant". Mais la presse allemande a affirmé de son côté que l'incident survenu le 9 avril 2014 a été plus important qu'annoncé par les autorités, et de citer un expert assurant qu'un réacteur a même été "momentanément incontrôlable" avant son arrêt d'urgence.

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