Les Allemands étaient appelés aux urnes ce dimanche dans trois régions du pays. Pour Angela Merkel, ce scrutin a eu des allures de mise en garde avant les législatives de 2017 : son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) a trébuché dans le Bade-Wurtemberg, fief conservateur en péril, et la Rhénanie-Palatinat. Cette élection a en outre consacré la montée en puissance du parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD), jeune formation populiste de droite qui séduit une partie de l’électorat grâce à des positions protectionnistes.

Dans son fief historique du Bade-Wurtemberg (sud-ouest), la CDU n'arrive que deuxième (27% environ), derrière les Verts (30,3%), une première même si les écologistes dirigent déjà ce Land depuis cinq ans, selon les résultats annoncés dimanche soir. En Rhénanie-Palatinat (ouest), la région de l'ancien chancelier Helmut Kohl, elle est battue par les sociaux-démocrates du SPD (31,8% contre 36%), selon les estimations.

Un parti naissant

Ce sont les populistes de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui apparaissent comme les grands vainqueurs des scrutins, en particulier en Saxe-Anhalt où ils se placent deuxième (24,1%) et talonnent la CDU qui arrive en tête (29,8%). L'AfD engrange respectivement 15,1% dans le Bade-Wurtemberg et plus de 12% en Rhénanie-Palatinat, se classant ainsi 3e. Fondée en 2013, peu avant les élections législatives, l'AfD a été créée par un professeur d'économie de l'Université de Hambourg (nord), Bernd Lucke, sur fond de crise de l'euro. Se faisant l'écho d'une partie de l'opinion allemande - convaincue de payer la facture des dérapages budgétaires de pays du sud de l'Europe, comme la Grèce -, ce parti a attiré dans un premier temps les électeurs eurosceptiques.

Son discours a cependant rapidement dérivé contre une autre catégorie de personnes jugée "profiteuse", à l’intérieur même des frontières allemandes cette fois. Progressivement, la rhétorique de Bern Lucke a en effet visé les étrangers qui vivent de l'aide sociale, en les qualifiant de "lie de la société". Face à la crise des migrants qui secoue l'Europe, l'AfD prône aujourd'hui la fermeture des frontières.

Résultats électoraux

Soutenu, entre autres, par des professeurs d'université, des intellectuels et des représentants de professions libérales, l'AfD a échoué de peu en 2013 à siéger au Bundestag, l’Assemblée parlementaire allemande. Un an plus tard, la jeune formation entrait au Parlement européen. Année qui a vu en France le Front national enregistrer son meilleur score aux élections européennes.

Pas question néanmoins pour le parti populiste allemand de s'allier avec la formation d’extrême droite française, jugée trop socialiste et pas assez libérale. Un an plus tard, l'AfD entre dans tous les Parlements régionaux allemands où ils se portent candidats, soit la Saxe (9,7%), le Brandebourg (12,2%), la Thuringe (10,6%), puis en 2015 à Hambourg (6,1%) et Brême (5,5%). A l'issue du vote dimanche, l'AFD pourrait être représentée dans la moitié des 16 parlements régionaux.

Une formation en proie aux luttes internes

Au sein du jeune parti, le fondateur Bernd Lucke et son actuelle dirigeante, Frauke Petry, s’opposent sur la ligne du parti. L'ancienne dirigeante d'entreprise de 40 ans prône une ligne plus national-conservatrice, qui a séduit lors des derniers scrutins régionaux, quitte à soutenir des propos extrêmes, comme lorsqu'elle a affirmé en janvier dernier que la police "en cas d'urgence, devrait pouvoir faire usage d'armes à feu pour empêcher les migrants d'entrer dans le pays".

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