Nouvelles révélations sur l'essai clinique qui a fait un mort, le 17 janvier 2016. Après les "trois manquements majeurs" du laboratoire identifiés par l'Inspection générale des affaires sociales début février, de nouveaux éléments incriminent Biotrial. C'est Le Figaro qui a révélé mercredi 24 février ces informations. Ce jeudi, le laboratoire a répondu et affirme n'être qu'un "exécutant".

Des chiens morts
Selon le quotidien, cinq chiens sont morts lors des essais pré-cliniques réalisés en amont, bien avant les tests sur les hommes. Cette information, inédite, est "d'une importance considérable. Cela peut être un vrai signal d'alerte", estime l'universitaire en neurobiologie et pharmacologie Daniele Piomelli, pour Le Figaro. L'essai clinique d'une molécule censée soulager les douleurs et l'anxiété était réalisé au laboratoire rennais Biotrial pour le compte du laboratoire portugais Bial sur des volontaires sains.

Des lésions au cerveau
Si les patients hospitalisés – quatre en raison de troubles neurologiques et un par précaution – ont survécu à cet essai, ils ont néanmoins souffert de lésions profondes du cerveau pouvant entraîner des troubles de la coordination des mouvements. Quatre d'entre eux ont eu des lésions "à la base du crâne", zone jugée "inhabituelle", selon le comité de spécialistes formé par l'ANSM. Des spécialistes avaient très vite évoqué des risques de séquelles graves. Mais le patron du laboratoire avait déclaré fin janvier, dans un entretien au même quotidien, qu'il était "possible qu'il n'y en ait pas".

Le secret au nom de la propriété intellectuelle
Le quotidien dénonce également une certaine opacité qui ne permet pas de faire toute la lumière sur l'accident. Au nom de la propriété intellectuelle et "de la protection du secret industriel", le laboratoire Bial a ainsi interdit à Biotrial de divulguer les résultats de ces essais pré-cliniques, tandis que l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) fait également l'objet de critiques acides pour les mêmes raisons. Tant et si bien que certains chercheurs se demandent si des données gênantes ne seraient pas volontairement cachées. Fin janvier, le directeur général de Biotrial avait déclaré que le laboratoire de recherche n'avait pas identifié de faute pour expliquer la mort d'un volontaire.

La réponse de Biotrial
Ce jeudi, Biotrial a assuré à l'AFP que le laboratoire n'a aucun lien avec l'étude sur les animaux pointée par le quotidien et souligne n'être qu'un "exécutant" de ce processus. Cette phase d'essais n'a pas été réalisée par Biotrial, a précisé François Peaucelle, son directeur général, mais par un autre sous-traitant du laboratoire Bial. "Après, le fait que des animaux meurent dans des études de toxicologie, c'est le principe même des études de toxicologie: on va pousser les doses le plus loin possible pour voir justement les doses qui sont tolérables et celles qui ne le sont pas".

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