Voilà au moins une promesse du candidat Hollande que le chef de l'Etat aura tenue : avant la fin de son quinquennat, lui, président de la République, allait se rendre dans tous territoires d'outre-mer. En visite officielle à Wallis-et-Futuna et en Polynésie les 21 et 22 février, François Hollande a d'ores et déjà tenu parole.

Mais tout l'enjeu de sa visite dans les atolls polynésiens résidait dans une question sensible que le chef de l'Etat allait probablement esquiver, avait prévu Le Monde : celle de la "dette nucléaire" de la France envers la Polynésie et de l'indemnisation des victimes des essais atomiques. Les prévisions du quotidien du soir ne sont pas tombées loin. Si François Hollande a promis des "ajustements" face aux "conséquences sanitaires et médicales" de ces essais, lundi 22 février à Papeete, le flou est toujours de mise sur les dispositifs prévus.

Une "dette morale" envers la Polynésie française

Concrètement, la "dette nucléaire" est une contrepartie financière versée par l'Etat français à la Polynésie française depuis l'arrêt des essais nucléaires en 1996 décidée par Jacques Chirac. Entre 1966 et 1996, la défense française a en effet mené 193 essais nucléaires, dont 46 essais atmosphériques, sur les atolls polynésiens de Moruroa et de Fangataufa entraînant des conséquences désastreuses pour l'environnement et la santé des habitants comme des malformations, des cancers ou une mortalité infantile quatre fois supérieure à la moyenne de l'Hexagone. C'est aussi "une dette morale", concédait d'ailleurs la ministre de Outre-mer, Georges Pau-Langevin, en mars dernier, lors d'une visite à Papeete.

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"On enregistre 540 cas de nouveaux cancers chaque année pour les 260.000 Polynésiens", s'alarmait ce week-end dans Le Parisien Bruno Barrillot, ancien délégué aux conséquences des essais pour le gouvernement de Polynésie. Maina Sage, députée UDI de la Polynésie française, interrogée par Le Monde, est sur la même longueur d'ondes :"Nous avons un lourd passif commun qui induit d’importants enjeux de réparation". Pourtant, cette dotation annuelle, d'abord fixée à 150 millions d'euros, n'est ni institutionnalisée ni pérennisée, et a même diminué. Les autorités locales exigent donc l'inscription dans la loi organique "l'héritage nucléaire" ou le "passif nucléaire" de la Polynésie. En 2016, le versement de la dotation s’élève notamment à 84 millions d’euros sur un total de 830 millions d’euros alloués chaque année, aux territoires et aux communes.

L'indemnisation des victimes à la peine

Prévue par la loi Morin de 2010, la reconnaissance et l'indemnisation des victimes du nucléaire en raison des maladies est également à la peine. Sur les 1.000 dossiers de compensation déposés par des victimes, une vingtaine seulement ont abouti en quatre ans. Or, "de plus en plus d'enfants, de plus en plus de familles sont touchés par des cancers, des leucémies, des maladies de la thyroïde...", s'offusque sur France Info, le Père Auguste Uebe Carlson, président de l'association 193, une association de défense des victimes des essais du nucléaire. 

Et ce d'autant que l'étendue des dégâts n'en fini pas d'être découverte. "On enregistre 540 cas de nouveaux cancers chaque année pour les 260.000 Polynésiens", s'alarmait Bruno Barrillot. "Nous attendons des excuses et pourquoi pas une demande de pardon", exige encore le président de l'association 193. La pétition de son association pour demander l'organisation d'un référendum sur la reconnaissance du "fait nucléaire" a, elle, réuni 30.000 signatures. 

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