C’est un soldat dont le nom n’est pas public. On l’appelle "le tireur". Son surnom, il le tient de son rôle central dans l’une des opérations spéciales les plus importantes de l’histoire des Etats-Unis. Celle destinée à tuer l’ennemi public numéro 1 des Américains, Oussama Ben Laden. C’est lui qui a appuyé sur la détente. A trois reprises. Retiré des Navy Seals, les forces spéciales de la marine américaine, "le tireur" avait déjà livré les coulisses de l'assaut au magazine Esquire. Là, il raconte son histoire prenante à Phil Pronstein, ancien correspondant aux Philippines, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Le journaliste est le président exécutif du Center for Investigative Reporting (CIR), une ONG consacrée au journalisme d’investigation.

Pendant un an, à grand renfort de whisky, les deux hommes ont eu de longues discussions. Sur leur vie sur les terrains de guerre, sur leurs problèmes personnels. Phil Bronstein décrit le soldat comme un "type hilarant", au physique de footballeur américain. Et rongé par les ennuis. Car aujourd'hui, l’homme qui a tué le plus grand ennemi des Etats-Unis de la dernière décennie a des problèmes d’argent. Il ne dispose d’aucune retraite, n’étant resté "que" seize ans chez les Navy Seal quand il en faut au moins vingt pour y avoir le droit. Il n’a pas de diplôme. Rêve d’un travail où il n’aura pas à porter une arme. Pas de retraite donc, mais pas de couverture maladie non plus. Une situation d’autant plus problématique que l’homme souffre de problèmes de vue et d’articulations.

"J’étais dans sa chambre, les yeux posés sur son cadavre"

La vidéo ci-dessous, traduite par Courrier International, est une mise en images du récit du soldat. Les propos sont les siens, mais pas sa voix. Pour des raisons de sécurité, c’est un acteur qui est rentré dans la peau du "tireur". On retiendra un moment fort : celui où, rentré chez lui, il se détend dans un parc aquatique avec ses enfants. Il entend alors une présentatrice de CNN demander à un invité : "Vous souvenez-vous où vous étiez, ce que vous faisiez quand vous avez appris la mort de Ben Laden ?" Réponse du tireur : "J’étais dans sa chambre, les yeux posés sur son cadavre." Ou quand l’histoire d’un homme rencontre celle du monde.