Après dix mois sous le joug du groupe Etat islamique, Palmyre est enfin libre. Mais à quel prix ? La cité antique syrienne, inscrite par l’Unesco au patrimoine mondial de l’Humanité, a été partiellement ravagée par les djihadistes. Et sa reconstruction nécessitera des années, estiment plusieurs experts.

Environ "80% des ruines antiques sont en bon état", a tempéré, lundi, Maamoun Abdelkarim, chef des Antiquités et des Musées de Syrie. Il n'empêche, les 20% restants constituent dès lors une perte inestimable. Outre la citadelle du XIIIe siècle qui a été endommagée lors des combats pour la prise de la ville, les djihadistes ont détruit les magnifiques temples de Bêl et Baalshamin, l'Arc de triomphe, des tours funéraires ainsi que le Lion d'al-Lât.

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"C'est un vrai saccage"

Des vestiges désormais réduits à l’état de poussière, a estimé Annie Sartre-Fauriat, membre du groupe d'experts de l'Unesco pour le patrimoine syrien. "Quand j'entends dire qu'on va reconstruire le temple de Bêl, ça me paraît illusoire. On ne va pas reconstruire quelque chose qui est à l'état de gravats et de poussière. Construire quoi ? Un temple neuf ? Il y aura peut-être d'autres priorités en Syrie avant de reconstruire des ruines", observe-t-elle.

Le musée de Palmyre, lui aussi, serait en piteux état. "C'est un vrai saccage. Contrairement à ce qu'on pensait, le musée n'a pas pu être vidé des pièces qu'il contenait, car le service des antiquités n'a eu que 48 heures pour emballer, et les pièces monumentales n'ont pas pu être emportées". Au total, 400 sculptures ont été mises à l’abri avant l’arrivée des djihadistes. Les statues, elles, ont été renversées, détruites.

Le rôle de la population locale

A en croire Maamoun Abdelkarim, le bilan aurait pu être encore plus lourd sans l’implication de la population locale. Car c’est elle qui, mobilisée par la cinquantaine de fonctionnaires encore présents sur place, aurait fait pression sur Daech : si les destructions perduraient, des manifestations auraient lieu. C’est également grâce à la pression des habitants que rien n’a été volé. Le chef des antiquités reste néanmoins optimiste quant à l’avenir du site. Selon lui, il faudrait cinq ans pour réhabiliter ce qui peut encore l'être, dans cette cité vieille de 2.000 ans.

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