La lutte contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) pourrait bientôt connaître un nouveau tournant. Mardi 29 janvier, l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a annoncé que 48 volontaires séropositifs étaient attendus à l'hôpital de la Conception fin mars pour se prêter à des essais cliniques pour un vaccin.

Ces premières injections ont pour visée d'étudier l'efficacité d'un vaccin thérapeutique élaboré par le docteur Erwann Loret, biologiste du CNRS. Avec ce traitement, le chercheur veut cibler les protéines virales TAT qui empêchent le système immunitaire de s'attaquer aux cellules infectées. La vaccination des personnes contaminées amènerait l'organisme à produire des anticorps capables de neutraliser cette protéine et de permettre ainsi l'élimination des cellules néfastes.

De précédents essais fructueux
 
"Ces volontaires sous trithérapie seront divisés en quatre groupes. Trois d'entre eux recevront une dose différente de vaccin tandis que le quatrième sera soumis à un placébo, explique à Metro Corinne Treger, fondatrice de la société biosantech qui finance le projet. Le but est de trouver avec quelle dose la virémie (taux du virus dans le sang, ndlr) est au plus bas".

En 2001 déjà, ce vaccin avait fait ses preuves sur des animaux : sept macaques ont reçu une injection. Un an plus tard, ils ont été infectés par un virus hybride entre le VIH et SIH, le sida du singe. Résultat : aucune cellule infectée n’a plus été détectée par la suite. Mais faute de moyens financiers, le professeur Loret ne s'était pas lancé dans d'autres essais.

En parallèle de la trithérapie

"Actuellement, 25 protocoles vaccinaux contre le VIH sont en cours dans le monde, explique le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence nationale de recherche sur sida et les hépatites virales (Anrs). 60% d'entre eux sont à titre préventif tandis que 40% ont, comme ici, une visée thérapeutique." A terme, ce vaccin serait susceptible de remplacer la trithérapie, un traitement à vie très contraignant pour les patients.

Jean-François Delfraissy rappelle néanmoins que celui-ci ne peut pas totalement détruire le virus. "Les séropositifs pourraient se passer de trithérapie mais seulement quelque temps : peut-être trois mois au lieu de trois semaines". "Il doit permettre aux personnes séropositives d'avoir une vie normale. Nous espérons par la suite lancer des tests à plus large échelle", ajoute Corinne Treger. Les résultats de ces essais cliniques sont attendus en 2015.