Après les violents heurts qui ont eu lieu samedi lors de la manifestation pro-palestinienne interdite à Paris, nombreux sont les politiques qui ont réclamé des peines exemplaires pour la centaine de casseurs. Au total, 19 personnes avaient été placées en garde à vue. Quatre mineurs de 15 à 17 ans ont été présentés lundi devant le juge des enfants en vue d'une mise en examen pour "participation à une manifestation interdite" et "violences aggravées sur personne dépositaire de l'autorité publique". Quatre majeurs sont également passés à la barre de la 23e chambre correctionnelle du Palais de justice de Paris.

Kenza*, née à Clichy et habitante d'Aubervilliers a 31 ans. Elle a été arrêtée samedi dernier à Barbès pour avoir participé à "une manifestation interdite" et pour avoir "lancé un projectile" contre les forces de l'ordre. Mehmet* est quant à lui, Kurde né en Turquie et n'a pas la trentaine. Cette fois-ci les autorités lui reprochent d'avoir participé à un attroupement illégal le même jour à Bastille et d'avoir été violent lors de son interpellation. Leur point commun : aucun des deux ne ressemble à ces casseurs capables de détruire le mobilier urbain, de jeter des pétards ou autres projectiles sur les CRS. Les deux prévenus partagent la même analyse : ils étaient là "au mauvais endroit au mauvais moment".

Un accusé ingénieur avec "Bac + 5"

Débardeur rose pétant, le regard dur, Kenza tente de défendre sa présence lors de cette manifestation pourtant illégale. "Je savais bien que c'était interdit, mais je tenais vraiment à exprimer mon soutien pour la Palestine et je ne pensais pas que de tels débordements pouvaient avoir lieu", se justifie-t-elle. Le juge lit le procès-verbal et lui rappelle alors qu'elle est également accusée d'avoir jeté une cartouche de gaz lacrymogène sur des policiers. "Avec tout le gaz, mes yeux brûlaient, je ne voyais plus rien. J'ai reçu un gaz à mes pieds, et par réflexe, je l'ai pris pour le lancer, je ne visais personne", martèle la prévenue qui, comme le reste de la salle, supporte mal la chaleur étouffante du tribunal.

Si Kenza a déjà été condamnée auparavant - pour conduite en état d'ivresse ou outrage notamment -Mehmet, lui, découvre la justice. Les policiers qui ont porté plainte contre ce jeune homme lui reprochent, en plus d'avoir participé à un regroupement illégal à Bastille, d'avoir été violent lors de son interpellation. Et keffieh  - rouge - qu'il portait ce jour-là laissait penser qu'il venait de la manifestation pro-palestinienne. "Ce que les policiers ne savent pas, c'est que tout le monde peut mettre des keffiehs, c'est un élément de mode. Et puis le rouge n'est pas l'emblème de la Palestine", explique-t-il au juge. Il rappelle ensuite qu'il n'a jamais eu affaire à la justice, qu'il a obtenu un "Bac + 5" et qu'il est maintenant ingénieur dans une entreprise.

"J'en ai rien à foutre de la Palestine"

Face à l'obstination du juge qui veut voir en lui un manifestant pro-palestinien, il ne tient plus et lâche : "Je sais que je risque de choquer des gens dans la salle, mais vous m'y obligez. Moi, j'en ai rien à foutre de la Palestine. Peut-être que vous ne le savez pas, mais c'est le Hezbollah qui tue des Kurdes en Syrie et ce sont aussi eux qui défendent les Palestiniens, alors pourquoi je soutiendrai la Palestine ?". Le procureur exige 4 mois de prison avec sursis.

Au contraire, Kenza assume son soutien à "un Etat palestinien", malgré les réticences du procureur qui met en cause ses convictions. "C'est tout de même un conflit (Israël et Gaza, ndlr) qui a lieu à des milliers de kilomètres", argue-t-il. Elle le répète : "Je voulais y être. Et notre but à tous était simplement de soutenir cet Etat, nous ne sommes pas les casseurs de la fin de la manifestation. Et d'ajouter : "Je n'appartiens à aucun réseau anti-Juif ou anti-France et je ne voulais blesser personne."

Sauf qu'après les nombreuses violences qui ont eu lieu en marge des cortèges de la Roquette, à Barbès samedi, puis à Sarcelles dimanche, le procès semble devoir être "exemplaire". "Vous allez juger sur les faits, mais vous allez devoir prendre en compte le contexte", déclare le procureur au juge. En exigeant quatre mois de prison ferme et six mois de travaux d'intérêt général pour Kenza, il ajoute : "Cette décision sera un signal pour les autres manifestations." Sept nouveaux procès sont prévus mardi après-midi.

* Les prénoms ont été modifiés