Ce n'est plus Le chemin du bien-être, mais bien celui du palais de justice de Paris, que Pierre Pallardy s'apprête à parcourir mardi. L'ancien célèbre ostéopathe, aujourd'hui âgé de 72 ans, comparaît en effet jusqu'au 18 octobre devant les Assises de la capitale pour des accusations de viols ou agressions sexuelles, commises sur 18 anciennes patientes.

Tout commence en 2004, lorsqu'une patiente de Pierre Pallardy décide de porter plainte. Cette dernière raconte aux enquêteurs qu'au cours d'une séance survenue dans le luxueux cabinet du XVIe arrondissement de l'ostéopathe, celui-ci lui aurait prodigué, entre autre, des caresses déplacées au niveau de la poitrine, accompagnées de frottements sexuels et de baisers sur la bouche.

L'affaire fait aussitôt grand bruit : depuis les années 80, Pierre Pallardy s'est forgé, notamment à travers le petit écran, une solide réputation d'ostéopathe, en pointe sur les questions de la minceur et du bien-être. Ce dernier n'hésite pas à se gargariser d'amitié haut placées : Picasso, Marcel Dassault ou encore Dominique de Villepin. En 1981, l'hebdomadaire Elle va jusqu'à le faire poser en Une, avec sa compagne Florence en maillot de bain. Sous le titre : "Le couple idéal de la santé vous donne ses recettes".

"Réoxigénation" du plexus et massage de la poitrine

Entendu par les policiers, l'ostéopathe défend sa façon de travailler. S'il reconnaît une méthode "autoritaire" et "directe" avec ses patientes, il réfute pour autant farouchement toute accusation d'agression sexuelle, se disant victime d'une "vengeance". Le fait qu'il ait touché sa patiente un peu trop vers le bas du ventre ? Une façon, selon lui, de "réoxigéner" le plexus. Les seins ? Un simple "massage". Faute de preuves, l'affaire est à l'époque classée sans suite.

Mais deux ans plus tard, une nouvelle patiente porte à son tour plainte. Aux enquêteurs, la quadragénaire explique être allée consulter Pierre Pallardy après avoir lu l'un de ses best-sellers, Et si cela venait du ventre. Elle le consultera à deux reprises : la première fois, le professionnel tente de l'embrasser sur la bouche. La seconde, il l'aurait déshabillé et aurait tenté de la pénétrer. Avant de lui faire payer la séance, facturée... 80 euros.

Quatre best-sellers et un hôtel à l'île de Ré

Placé en garde à vue, l'ostéopathe nie toute relation inappropriée, et met une nouvelle fois en avant sa méthode, qui vise à travailler la tête et le ventre de façon assez musclée. A partir de son agenda, les enquêteurs décident de contacter d'anciennes clientes. Nombreuses sont celles qui leur disent alors avoir elles aussi été victimes d'attouchements, voire de viols. Au fil des témoignages, les enquêteurs recensent 18 cas non-prescrits (six viols et 12 agressions sexuelles). Avec à chaque fois ce même scénario : seins nus, le spécialiste leur pratique d'entrée un douloureux massage du ventre qui les laisse sonnées. Ensuite, il leur prend les seins dans les mains, les embrasse, se livre à des attouchements sur le sexe, voire tente des pénétrations.

Pourquoi aucune d’entre elles ne s'est à l'époque manifestée ? Certaines racontent avoir été quasi "hypnotisées", "impressionnée" par la notoriété de l'ostéopathe ami des stars, auteur de quatre livres à succès, tels Le chemin du bien-être et Le droit au plaisir, et propriétaire d'un magnifique hôtel-spa à l'île de Ré.

A compter de mardi, nul doute que la personnalité haute en couleur de l'ostéopathe sera au coeur des débats. Pierre Pallardy, violeur en puissance où simple professionnel de la santé, un peu trop passionné par son métier ? La cour devra trancher. En attendant, l'ostéopathe entend bien crier son innocence, comme l'a martelé une nouvelle fois son avocat, Me Témime, à la veille de l'ouverture du procès. Et l'enjeu est de taille : à 72 ans, l'ostéopathe ami du tout Paris risque jusqu'à 20 ans de prison.