Vitali Klitschko a la poignée de main ferme. Très ferme. Ce qui lui est utile, aujourd'hui, étant donné qu'il passe plus de temps à serrer des mains qu'à donner des coups de poing. En effet, le champion du monde de boxe est devenu, à 41 ans, l'un des politiciens de l'opposition les plus visibles de la scène politique ukrainienne avec son parti, l'Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (УДАР).

Des élections se sont tenues en Ukraine. Est-ce cependant une vraie démocratie ?
On tente de construire une démocratie depuis vingt ans. Or, durant les deux dernières années, on a régressé. Le monde entier pointe du doigt les prisonniers politiques, Ioulia Timotchenko ou encore la façon dont dirige le Président Viktor Ianoukovitch. Il faut démanteler le système actuel, créer des opportunités pour les entrepreneurs, construire une économie de marché et améliorer les normes sociales. Je veux prouver que l'avenir de notre pays est la démocratie. Et l'Europe.

La démocratie fonctionne-t-elle en Ukraine ? Vos opinions sont saluées à l'international, mais chez vous ?
Bien sûr que la démocratie fonctionne en Ukraine. Et ce, parce qu'on est Européens, de par notre culture, notre histoire et notre situation géographique. Or en matière de niveau de vie, on est bien loin de l'Europe… Notre rôle, en tant que politiciens, est de changer cela. Plus de la moitié des Ukrainiens veulent d'un pays démocratique et européen. Bien sûr, chacun souhaite une vie meilleure. Nous devons nous assurer que tout le monde a accès à l'emploi et à un salaire décent. Ce n'est pas le cas aujourd'hui : il y a un chômage important, les gens ne voient pas d'avenir en Ukraine et émigrent. Près de 6 millions d'Ukrainiens vivent hors de nos frontières. Et 70% des jeunes veulent émigrer.

"Les politiciens n'ont pas bonne réputation en Ukraine"

L'ingérence de la Russie dans vos affaires n'est-elle pas inquiétante ?
La Russie est notre plus grand voisin et notre partenaire économique le plus important. Nous entretenons de bonnes relations, sans que nos intérêts nationaux soient négligés. Nous devons développer notre lien avec Moscou. La Russie et l'Europe veulent voir notre pays, le plus grand d'Europe, acquérir une stabilité économique et politique. Car une instabilité aurait des répercussions sur tous.

La Russie sous Poutine est une vraie démocratie ?
Vous connaissez la réponse. C'est un pays différent. Moi, je veux parler de l'Ukraine.

La boxe ne pèse pas bien lourd face à l'avenir d'un pays. Allez-vous mettre un terme à votre carrière sportive ?
Le sport fait partie de moi. D'ailleurs, j'utilise les principes de la boxe au quotidien : responsabilité, discipline, travail d'équipe. Mon prof de sport m'a dit "Si tu veux le meilleur, il faut travailler avec les meilleurs". C'est la même chose en politique.

Donc vous avez la meilleure équipe d'Ukraine ?
J'ai choisi une équipe jeune, qui partage les mêmes visions et rêves. Ils sont prêts à donner leur temps, leur énergie et leurs compétences au service de notre pays. Mais les trouver n'a pas été chose facile. Les politiciens n'ont pas bonne réputation en Ukraine. Ils sont perçus comme des tricheurs et des voleurs.

"Le sport a changé ma vie"

Vous avez 41 ans, ce qui n'est pas jeune pour un sportif de haut niveau. Mais Bernard Hopkins a emporté son titre de champion à 48 ans. Vous voulez l'égaler ?
Je ne veux pas battre son record, ça c'est sûr. Je me sens jeune. Je ne fume pas, je ne bois pas, j'ai fait du sport toute ma vie et j'ai confiance en mes aptitudes en boxe. Mais il est temps pour moi de me battre plus sérieusement, contre des adversaires plus difficiles, avec des objectifs plus ambitieux. J'ai réalisé tous mes rêves sportifs. Maintenant je rêve d'une Ukraine démocratique. Ce pays a tellement de potentiel !

D'autres athlètes de haut niveau ont des visées politiques. Ont-ils raison de se lancer ?
Mon conseil, c'est de ne pas oublier d'où on vient. J'ai grandi dans un quartier pauvre. Nous n'avions que deux paires de gants de boxe pour 20 gamins. C'est pour cela que j'aide à construire des aires de jeux et des salles de sport pour les moins fortunés en Ukraine. Dans la rue, les mômes sont confrontés à l'alcool et à la drogue. Nous leur donnons une chance de faire du sport, de s'épanouir et d'avoir de nouveaux buts dans la vie. Mon frère Wladimir me soutient. Un proverbe allemand dit : "Si tu reçois quelque chose, n'oublie jamais de le rendre".

Le sport peut changer l'Ukraine ?
Nelson Mandela a dit que le sport avait le pouvoir de changer le monde. Et j'y crois. Le sport a changé ma vie. J'essaye de donner la même chance aux enfants. Tout le monde ne deviendra pas un athlète de haut niveau, mais il est primordial que tous restent en bonne santé, loin de la drogue et du crime.