La femme qui plantait des arbres. C'est l'image que laissera Wangari Maathai, décédée dimanche à 71 ans des suites d'un cancer. Cette Keyniane issue d'une famille de paysans kikuyus a reçu en 2004 le prix Nobel de la Paix – une première pour une femme africaine –  pour son action en faveur de la reforestation. Mais son combat était aussi éminemment politique. Jusqu'à la fin, cette militante a appelé à davantage de "volonté politique" face aux enjeux climatiques mondiaux.

Une ceinture verte réalisée par les femmes
Née en 1940 dans le village d'Ihithe, sur les hauts plateaux kenyans, Wangari Maathai a été la première femme d'Afrique de l'Est à obtenir un doctorat, puis la première à diriger une chaire universitaire au Keyna. En 1977, elle a créé le Mouvement pour la ceinture verte, qui implique les femmes dans la reforestation et la restauration de la biodiversité.

"Une autre vision du développement"
"Son bilan va bien plus loin que les 40 millions d'arbres replantés. Elle a apporté à l'Afrique et à l'Occident une autre vision du développement", a réagi Cécile Duflot, d'Europe Ecologie les Verts. De passage à Paris en juin dernier pour un forum de l'Agence française de développement, Wangari Maathai fustigeait la "culture débilitante de l'assistance". Son mouvement impliquait les femmes, actrices du développement. "Si les gens ne peuvent pas creuser un trou et planter un arbre, on oublie!"

Un combat politique
Le président kényan, Mwai Kibaki, a déploré la perte d'une "icône internationale, qui laisse une marque indélébile dans le monde de la protection de l'environnement". Wangari Maathai avait été sa secrétaire d'Etat à l'environnement entre 2003 et 2005, après s'être engagée contre le régime autoritaire de l'ancien président Daniel Arap Moi dans les années 80 et 90. Son combat pour la reforestation se heurtait fréquemment à des intérêts immobiliers et mettait en lumière la corruption du gouvernement.

"Messagère de la paix"
Engagée au niveau international, Wangari Maathai a reçu en 2009 le titre de "messagère de la paix" pour les Nations unies. Malgré les pesanteurs des institutions internationales, elle est restée en pointe du combat sur le changement climatique, indissociable, selon elle de la lutte contre la pauvreté et pour la justice sociale. "La politique est un mal nécessaire, estimait-elle. Nous pouvons critiquer l'ONU mais nous nous en sortons mieux avec que sans."