Après plusieurs années de statu quo et même de régression dans les relations entre Israéliens et Palestiniens, l'horizon semble enfin s'être un peu dégagé et les deux parties prêtes à renouer le dialogue. A la manoeuvre, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a eu "le plaisir d'annoncer" vendredi 19 juillet avoir décroché "un accord qui établit la base d'une reprise des négociations sur le statut final entre Palestiniens et Israéliens".

D'accord pour discuter des conditions de la négociation

Il aura fallu six mois et autant de séjours au Proche-Orient au successeur d'Hilary Clinton à la tête de la diplomatie américaine pour réamorcer un processus de paix au point mort depuis septembre 2010. Et encore, à l'issue de quatre jours de contacts tous azimuts, rien n'est écrit dans le marbre. "L'accord est en cours de finalisation, nous n'allons donc absolument par parler de ses éléments pour l'instant" a indiqué M. Kerry avant de décoller d'Amman où il a passé quatre jours, pour Washington. C'est là que, dès la semaine prochaine, il devrait accueillir le négociateur palestinien Saëb Erakat et son interlocutrice israélienne, la ministre de la Justice Tzipi Livni, "pour entamer les pourparlers".

Depuis la capitale jordanienne, l'Américain réputé fin diplomate s'était longuement entretenu mardi et mercredi avec le président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à qui, prolongeant son séjour de 24 heures, il a rendu une visite imprévue vendredi matin à Ramallah, en Cisjordanie. C'est que la veille, l'affaire semblait assez mal embarquée, les discussions achoppant sur les conditions d'une réouverture des négociations et les bases de discussion.

La question des frontières, des colonies et des prisonniers

Dans la soirée, M. Erakat avait informé le secrétaire d'Etat américain "de la position qui s'est dégagée" au sommet de l'autorité palestinienne. Sous couvert d'anonymat, un haut responsable a évoqué entre autres conditions "une référence claire aux frontières de 1967, l'arrêt de la colonisation et des éclaircissements sur la question de la libération des prisonniers". Côté israélien, le vice-ministre des Affaires étrangères Zeev Elkin a publiquement répondu par une fin de non-recevoir, estimant que préjuger des concessions auxquelles Israël est prêt avant même l'ouverture de négociations avec les Palestiniens ne sera jamais couronné de succès". M. Kerry proposait lui comme préalable non pas l'arrêt total de la colonisation israélienne, mais une "retenue" dans les implantations, hors des grands blocs et de Jérusalem-Est.

Sur ce point, on ne saurait dire si un terrain d'entente a pu être trouvé, en revanche sur la question des prisonniers palestiniens, l'Etat hébreu semble décidé à "un geste fort" en signe de bonne volonté. C'est en ces termes que samedi, le ministre des Relations internationales et du Renseignement, Youval Steinitz, a annoncé à la radio publique la libération d'un "nombre limité" de prisonniers, dont certains croupissent dans les geôles israéliennes depuis une trentaine d'années. Il n'a cependant mentionné aucun nom, aucun nombre, ni aucune échéance.

La communauté internationale se réjouit, le Hamas s'oppose

Quoi qu'il en soit, s'il reste bien "des détails à régler", la présidence palestinienne a salué l'accord qui se dessine. "Des progrès ont été réalisés qui ont rendu possible un accord sur des principes permettant la reprise des négociations" a déclaré son porte-parole. A Tel-Aviv aussi, on se félicite des dernières avancées. "Quatre ans de marasme diplomatique touchent à leur fin", a commenté Mme Livni. La patronne de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a "chaleureusement salué" l'annonce de son homologue américain et loué le courage des deux autres parties. M. Kerry n'a pas manqué non plus de rendre hommage au "leadership courageux" de Mahmoud Abbas et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui tous deux ont fait "des choix difficiles et joué un rôle clé".

Du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, qui les avait appelés à faire preuve de "courage et de responsabilité" à Barack Obama, qui avait exhorté M. Netanyahy à oeuvrer à une reprise "le plus tôt possible" des négociations, chacun trouvera matière à se réjouir. A une notable exception près : le Hamas. L'organisation au pouvoir à Gaza a rejeté sans appel "la reprise des négociations" et conteste plus que jamais la légitimité du président Abbas "pour négocier au nom du peuple palestinien sur des questions fondamentales".