Ce n’est pas encore tout à fait un ras-le-bol, mais cela commence à y ressembler. Lundi soir à 21 h 15, les pompiers sont appelés rue Garibaldi, dans le troisième arrondissement de Lyon. Un homme vient de faire une chute sur l’esplanade de l’auditorium Maurice-Ravel. Rapidement, une équipe composée de trois hommes du feu de la caserne Lyon-Corneille arrive sur place.

Après un accueil plutôt cordial, les choses dégénèrent rapidement. Lorsque l’un des pompiers demande l’identité de la victime, âgée de 26 ans et qui n’est que légèrement touchée, une violente altercation éclate.

L’homme, complètement ivre, frappe les secours à plusieurs reprises. Un des pompiers est touché au genou (entorse) et s’est vu prescrire un minimum de 15 jours d’ITT. Ses deux collègues, également pris à partis par une vingtaine d’autres individus (dont un mineur de 17 ans sortis seulement six heures auparavant de garde à vue dans le cadre d'une affaire de vol de téléphone portable), sont à l’arrêt pour six jours en raison du choc psychologique. L’un d’eux est blessé aux cervicales.

"C’était une intervention banale, mais cela a tourné au cauchemar, confie à metronews le colonel Bertrand Kaiser, directeur adjoint des sapeurs-pompiers du Rhône. Nous ne pouvons pas accepter cela. Avant, ce genre de chose n’arrivait que dans certains quartiers, mais désormais, cela peut se dérouler en plein centre-ville. Ces personnes étaient sans doute en voie de désocialisation. Et puis, il y a la notion de groupe, de foule, qui n’arrange pas les choses…", poursuit-il.

"Une réelle volonté de faire mal"

Les collègues des trois sapeurs-pompiers agressés ne cachent pas leur amertume. "Il y avait une réelle volonté de faire mal, nous assure Rémy Chabbouh, délégué du syndicat Sud au sein du service départemental d'incendie et de secours du Rhône (Sdis 69). Après les événements de Toulouse début août, lors desquels des pompiers s’étaient également fait agresser, nous avions écrit un courrier au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Nous voulons de réelles condamnations, et pas seulement des rappels à l’ordre."

Les agresseurs devaient dans un premier temps être jugés en comparution immédiate ce mercredi après-midi. Finalement, au vu de la gravité des faits, une information judiciaire a été ouverte et l’audience a été reportée à une date ultérieure.

De son côté, le préfet du Rhône, Jean-François Carenco, dénonce une agression "intolérable" et salue "le courage de ces trois sapeurs-pompiers", tout en souhaitant que "des peines exemplaires soient prononcées à l’encontre de ces individus aux comportements qui mettent dangereusement en cause notre manière de vivre ensemble."

Le colonel Bertrand Kaiser précise enfin que les trois victimes, qui ont porté plainte, seront accompagnées tout au long de leur parcours judiciaire. Et de conclure : "nous allons travailler afin de mieux parvenir à lire les situations à risques."