Pouvez-vous résumer le dispositif facilitant le retour à l'emploi des allocataires du congé parental que vous venez de présenter à Lyon ?
A la fin de leur congé parental, les femmes (car ce sont elles qui le prennent à 97 %) qui n'avaient pas la chance d'être salariées dans une entreprise où leur emploi les attend, éprouvent des difficultés très importantes à retrouver du travail. Surtout quand le congé a été long. Lorsqu'il se termine, 40 % des femmes concernées restent au chômage et plongent dans la précarité. Ce n'est plus possible. J'ai donc demandé à la caisse nationale d'allocations familiales (CAF) et à Pôle Emploi de construire un accompagnement personnalisé pour aider ces femmes à retrouver le chemin de l'emploi dans les meilleures conditions.

En quoi consiste ce partenariat ?
Désormais, un an avant la fin du congé parental, la CAF prendra contact avec la personne concernée et lui proposera de faire un point sur ses droits, de rencontrer un conseiller de Pôle Emploi pour faire un bilan de compétences, de voir quels sont ses projets professionnels (recherche d'emploi dans le même secteur, reconversion, création d'entreprise…). A partir de là, Pôle Emploi lui proposera des formations adaptées auxquelles le fait d'être en congé parental ne l'empêchera plus d'accéder . La CAF l'aidera enfin a résoudre le besoin éventuel d'un mode de garde ponctuel que la participation a une formation pourrait créer. L'idée c'est de ne plus laisser ces femmes démunies face à un marché du travail dont elles se sont éloignées pendant plusieurs années.

Rhône-Alpes était une région pilote de ce dispositif…
Tout à fait. Quand je suis arrivée dans mes responsabilités de ministre du Droit des femmes en 2012, j'ai voulu que l'on invente de nouvelles solutions pour faire reculer les inégalités professionnelles, pour répondre aux vraies problématiques rencontrées par les femmes . Pour ce faire, j'ai demandé à neuf régions de France d'être des territoires d'excellence en matière d'égalité professionnelle et d'expérimenter chez elles de nouveaux dispositifs. Quatre d'entre elles dont Rhône-Alpes ont accepté de travailler sur l'accompagnement des femmes vers l'emploi à la sortie du congé parental. C'est en partant de leurs expérimentations que nous avons construit ce dispositif CAF/Pôle Emploi qui désormais fonctionnera partout en France.

Ce samedi, vous vous êtes rendue sur le campus de Sport dans la ville à Lyon. Est-ce parce que cette association regroupe plusieurs de vos nouvelles délégations ?
J'ai voulu aller à la rencontre de cette association et des jeunes qu'elle reçoit parce qu'en effet Sport dans la ville recouvre de façon évidente les enjeux de mon ministère. On y aide des jeunes issus de quartiers en difficulté à avoir confiance en eux grâce à la pratique d'un sport. Au-delà du service rendu à ces jeunes, c'est un formidable investissement sur l'avenir parce que c'est avec une jeunesse qui a confiance en elle, qui s'engage et prend les choses en main que l'on se donne les chances de renouer avec la croissance, l'imagination ou l'inventivité. Sport dans la ville est un très bel emblème de ce qu'on peut faire quand plutôt que de se méfier des jeunes, on leur donne le coup de pouce nécessaire pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes.

"Il y a tant à faire en matière de politique de la ville"

Sur un plan plus local, quels rapports entretenez-vous désormais avec la ville de Lyon ? Avez-vous le temps de vous y rendre régulièrement ?

J'essaie de revenir ici généralement tous les quinze jours. Lyon, son agglomération et Rhône-Alpes font pour moi figure de territoires moteurs, à l'avant-garde. C'était vrai sur les Droits des femmes, mais encore plus vrai avec mes nouvelles fonctions. J'étais vendredi après-midi à la rencontre des habitants du quartier de la Grappinière à Vaulx-en-Velin, il y a tant de choses à faire en matière de politique de la Ville. D'ailleurs, sur ce sujet, je vais bientôt annoncer la nouvelle liste des quartiers prioritaires : elle sera simplifiée et permettra de concentrer nos efforts sur les territoires les plus en difficulté. L'agglomération lyonnaise sera bien sûr concernée, tout comme elle le sera par les opérations de renouvellement urbain. Concernant les Sports, il y a bien sûr le grand stade de Décines, les belles ambitions de l'ASVEL, l'Euro 2016… Mes nouvelles fonctions devraient donc m'amener à être encore plus présente ici qu'auparavant et je m'en réjouis. Enfin, vous le savez, je suis conseillère générale du Rhône dans le canton de Montchat ou j'ai noté avec grand plaisir le très bon résultat de la gauche aux municipales… Merci aux habitants qui nous ont fait confiance !

Thierry Braillard, Lyonnais comme vous et que vous connaissez bien, vient d'être nommé secrétaire d’État aux Sports. Quel est votre sentiment ?
Le fait de se connaître depuis des années va permettre un gain de temps considérable. On se comprend, je l'apprécie beaucoup, nous avons déjà travaillé ensemble à la ville, a la région… Il connaît bien les enjeux et les acteurs du sport. L'avoir à mes côtés est un atout et je m'en réjouis.

"Lyon reste mon territoire de cœur"

Comment analysez-vous la vague bleue qui a touché l'agglomération lyonnaise lors des dernières élections municipales ?
Au niveau national, ce sont bien sûr de mauvais résultats. Il faut y voir un message adressé au gouvernement et c'est aussi la raison pour laquelle le Président a choisi de procéder à un changement de Premier ministre et de gouvernement. Dans l'agglomération lyonnaise, je remarque que nous avons souvent perdu là où la gauche était divisée. Il y a aussi des leçons a en tirer. Quand on est d'accord sur l'essentiel et sur les valeurs, on doit faire bloc pour en convaincre les électeurs, plutôt que de les insécuriser par nos divisions.

Étiez-vous inquiète à l'idée de voir la ville de Lyon basculer elle aussi ?
Non. La transformation de Lyon ces douze dernières années a été tellement fulgurante et évidente que je n'imaginais pas les électeurs ne pas en tirer les conclusions. Si cette transformation a eu lieu, c'est grâce à l'énergie, la volonté, la force de travail et de conviction de Gérard Collomb donc il n'y avait que de bonnes raisons de le reconduire pour continuer ce travail.

Quel regard portez-vous sur l'élection du président du Grand Lyon, qui aura lieu mercredi ?
Nous avons tous conscience de l'enjeu de ce scrutin. Là aussi, à la tête du Grand Lyon, Gérard Collomb a accompli des choses qui étaient encore inimaginables il y a quelques années. Le Grand Lyon a été une collectivité motrice du développement de tout le territoire, centre comme périphérie. La transformation du centre-ville de Vaulx-en-Velin en est un bel exemple et il est très important de poursuivre sur cette lancée. Et puis Gérard Collomb a su être un vrai précurseur pour moderniser et rendre plus efficace au service des habitants notre organisation territoriale. Initier comme il l'a fait le rapprochement du Grand Lyon et du Conseil général (la future Métropole, ndlr) était loin d'être évident ou facile. Cette démarche est aujourd'hui reconnue comme exemplaire, a l'avant-garde de ce qui se prépare pour les autres collectivités territoriales en France.

Est-ce que dans le futur un retour politique à Lyon ou dans l'agglomération vous tiendrait à cœur ?
Mais je ne l'ai jamais quittée ! (rires) Chaque chose en son temps. J'essaie de ne pas mélanger les échéances, les timings. Je me concentre surtout pour donner le meilleur de moi-même sur les missions qui sont les miennes. Aujourd'hui je suis ministre en charge de sujets très importants parmi lesquels il y a la priorité n°1 du président de la République, à savoir la jeunesse. Mais il est évident pour moi que c'est ici qu'est mon territoire d'habitation, d'élection et de cœur.