Votre profession est réticente à se faire vacciner contre le H1N1. Pourquoi ?
Les infirmières ne sont pas contre les vaccinations en général. Pour la grippe en particulier, il nous semble important que la population se vaccine contre la grippe saisonnière. Cela nous permettra d’établir rapidement un diagnostic différentiel : si une personne qui s’est vaccinée contre la grippe saisonnière présente des symptômes grippaux quelques semaines après, on saura d’emblée que c’est du H1N1 et on pourra lui administrer du Tamiflu, qui n’est utile que les 48 premières heures.

Donc OK pour le vaccin contre la grippe saisonnière mais non à celui contre le H1N1 ?
Le vaccin contre le H1N1 n’est pas un vaccin normal. Il a été conçu de manière très rapide et n’a été testé que sur un très faible nombre de personnes. Que l’on passe sans transition d’un produit testé sur quelques centaines de personnes à un produit injecté dans la foulée à quelques dizaines de millions d’autres, c’est un vrai souci.

Les infirmiers vont-ils refuser la vaccination ?
63% des 4000 infirmiers qui ont répondu à notre enquête refusent de se faire vacciner contre la grippe A car le produit a été créé de manière rapide et avec un adjuvant, qui est un stimulant du système immunitaire. On a de grosses inquiétudes car ces produits n’ont jamais été testés sur une grande échelle et les problèmes apparaissent avec l’effet d’échelle. Quand vous avez un cas à risque sur 10 000 et que vous ne testez le produit que sur 200 personnes, vous avez peu de chances de le voir apparaitre. Mais si vous le testez sur 40 millions de Français, vous risquez de découvrir pas mal de cas…

Le H1N1 est cinq fois plus contagieux que la grippe saisonnière. Par contre, ce n’est pas un virus grave, ce n’est qu’une petite grippe. En France, on compte 2000 morts par an de la grippe saisonnière au minimum. Et le taux de mortalité est de 1/2000. L’INVS annonce 30 000 cas de H1N1 par semaine en France. Si le taux de mortalité était aussi important que pour la grippe saisonnière, on serait à 15 morts par semaine. On en est loin…

Remettez en cause l’intérêt même de se faire vacciner ?

La vaccination doit être une décision personnelle qui doit se faire en fonction de son état de santé, de son environnement familial et de son environnement professionnel. Des infirmières m’ont dit qu’elles mêmes ne craignent pas le H1N1 mais, comme elles travaillent en service de réanimation néonatale, elles ne veulent pas être accusées de contaminer les bébés dont elles s’occupent. Donc elles vont se faire vacciner.

Craignez-vous des pressions au sein des hôpitaux pour pousser le personnel à se faire vacciner ?
La vaccination n’est pas obligatoire. Toute obligation relèverait d’une infraction au code pénal et serait une atteinte à la liberté individuelle. Maintenant, il peut y avoir des pressions morales. Par exemple, Mme Bachelot qui appelle à un geste d’altruisme en se vaccinant. Rappelons quand même que les infirmières se lavent les mains 100 fois par jour. La transmission du H1N1 par les infirmières, c’est du délire ministériel ! Toutes les mesures barrières conseillées à la population sont appliquées au quotidien par les infirmières. Si l’une d’elles est malade, elle est arrêtée. Il faut que les choses soient clarifiées. La vaccination, ce doit être du cas par cas. Quelqu’un qui souhaite se faire vacciner doit pouvoir rencontrer un personnel de santé qui lui explique les avantages et les inconvénients, pour que la personne puisse librement décider si, dans son cas, elle a intérêt à se faire vacciner ou pas. Dans l’état actuel des publications, il y a plus de risque à se faire vacciner qu’à affronter le H1N1 sans vaccination. On en fait trop et on fait prendre des risques à la population.

Tout le monde n’aura pas le même type de vaccin…
Nous avons dénoncé en effet voilà dix jours les vaccins avec adjuvants. Et Mme Bachelot a par la suite déclaré que les femmes enceintes et les personnes fragiles bénéficieraient d’un vaccin sans adjuvant… Donc on se trouve devant un vaccin de qualités différentes : un sûr pour les plus fragiles et un autre… qu’il faut bien écouler auprès du reste de la population, puisqu’on en a commandé 94 millions de doses !