Couloirs de bus, doubles files ou encore places réservées, les voituriers sont prêts à tout pour garer les véhicules des clients des grands restaurants, des bars, des hôtels et autres établissements huppés. Gênant la circulation et privant les automobilistes de places de stationnement, ils bénéficient d’un traitement de faveur. Alors que de plus en plus d’établissements offrent ce service, la colère des particuliers se fait grandissante…

De 7 à 8 euros le forfait
Pour les voituriers, le client est roi. Moyennant un forfait de 7 à 8 euros, son véhicule trouvera une place près du restaurant où il a choisi de déjeuner ou de dîner. Si certains, comme au Costes, rue Saint-Honoré (Ier), garent votre voiture au parking, d’autres, faute de place en sous-sol, la laissent n’importe où. “Chaque midi et chaque soir, c’est la même chose. Les voitures se mettent au milieu des voies de circulation ou dans les couloirs de bus, raconte Mathieu, qui habite boulevard Raspail. A la Closerie des Lilas, boulevard du Montparnasse, ou au Duc, boulevard Raspail, les chauffeurs s’autorisent tous les droits, et la police laisse faire.” Même constat pour Alexandre, qui habite dans le XVIe arrondissement : “Tous les restaurants chic du quartier offrent ce service. A La Gare, à La Muette ou au Murat, porte d’Auteuil, c’est l’anarchie totale. Ils se mettent en double file, bloquent la circulation, piquent les places des automobilistes, sans payer le parcmètre, et on ne dit rien.”

Là où il y a de la place
Les voituriers disposent-ils d’une réglementation particulière ? “Il n’existe aucun système d’attribution des places de stationnement sur la voie publique. Aucune re­devance n’est perçue à ce titre. Les voituriers garent les véhicules de leurs clients de leur propre initiative, sur le parking privé de l’établis­sement si celui-ci en possède un, dans des parkings payants, publics ou privés, ou sur la voie publique, en s’acquittant, s’il y a lieu, du prix du stationnement, au même titre que les autres automobilistes, selon les possibilités et les places disponibles au moment”, précise la préfecture de police.

Dès lors, pourquoi laisse-t-on faire ? “Les propriétaires s’arrangent avec les commissariats de quartier, explique une source policière. Les voituriers placent derrière le pare-brise une petite carte sur laquelle est inscrit “voiturier”, et ils ne risquent rien, ou pas grand-chose. Jamais je n’ai vu de PV sur ces véhicules, et encore moins d’enlèvement”.


Stéphanie, qui vit dans le IIIe, juge ces pratiques scandaleuses : “Avec les stations Vélib’, la multiplication des parkings pour les deux-roues et les places de livraison, il n’y a plus une place pour se garer dans Paris. Dans ce cas, on ne peut octroyer de tels droits à certains.” Pourtant la préfecture de police précise : “Les commissariats peuvent définir au cas par cas avec les voituriers des espaces pour lesquels le stationnement des véhicules des clients est envisageable, sans gêner les autres utilisateurs de la voie publique”.