Après Emmaüs en Ville (Colbert, 7e) et Emmaüs Joliette (2e), la communauté a décidé d'ouvrir demain à partir de 11 heures un nouvel espace solidaire sur le jarret. L’occasion pour Kamel Fassatoui, responsable de la communauté Emmaüs de revenir sur la pauvreté qui ronge la ville.

Quelles sont les particularités de cette nouvelle boutique ?
C’est la troisième boutique que nous ouvrons à Marseille. Dans son genre, elle est unique en France. Elle possède un espace à 75 % dédié aux étudiants en précarité. On constate en effet un rajeunissement de notre clientèle. Dans ce nouveau local de 400 m², ils pourront trouver livres, cd, hifi, literie, meubles et vêtements pour des prix très modiques. Située sur la rocade du Jarret, elle est visible de tous. Elle est proche de campus étudiants, comme la Timone, la fac Saint-Jérôme ou l’école d’infirmières. D’autre part, avec Emmaüs drive, clin d’œil au Mcdonald’s situé juste en face, on pousse le public aux dons, très important pour nous. Heureusement, les Marseillais sont généreux.

Doit-on en déduire que la pauvreté gagne du terrain à Marseille ?
Un quart des Marseillais perçoit les minima sociaux. Chaque jour, on accueille 200 à 300 personnes dans nos boutiques de la Joliette ou de Colbert. En passant, les gens s’arrêtent constamment. Avec notre devanture verte flashy, on veut afficher cette pauvreté aux yeux de tous. Dans le débat politique, on parle de délinquance, de règlements de comptes, d’immigration... Or, la première insécurité, c’est la pauvreté.

Les politiques sont-ils responsables de cette situation précaire ?

Il faudrait tous les changer, et les remplacer par des gens de terrain, issus du social, de l’entreprenariat. Les énarques sont trop déconnectés du réel. Depuis 60 ans, on vit dans un système qui pousse à la surconsommation. D’un côté, ce système capitaliste ne nous permet pas de sortir de la pauvreté. De l’autre, par le biais du gaspillage puis du recyclage, on en bénéficie pour venir en aide aux démunis. Mais on n’a pas le temps de penser au futur. Nos préoccupations sont quotidiennes.