La saisie des biens de Bernard Tapie inquiète les salariés du groupe de presse Hersant Média que l'homme d'affaire a racheté en partie en fin d'année 2012. Le directeur du journal La Provence, Olivier Mazerolle, s'est ému de cette situation dans les colonnes du quotidien régional ce jeudi. "Il est légitime que l'Etat prenne ses précautions. Mais pas au détriment d'entreprises qui ne sont pas parties prenantes dans cette affaire", écrit-il dans un éditorial intitulé "à nos lecteurs". Ces entreprises emploient 2 000 salariés, rappelle-t-il.

"Jusqu'à quel point est-il désormais interdit à Bernard Tapie d'investir dans les journaux dont il est le copropriétaire? Voilà une question qui reste sans réponse officielle de la part des magistrats. Cette situation suscite une inquiétude que chacun comprendra", poursuit le chef de la rédaction.

"Nous souhaitons que l'actionnaire ne soit pas empêché de fournir à La Provence les subsides dont elle a besoin pour son développement", conclut-il, avant d'assurer que "dans l'immédiat, elle n'est pas menacée".

Hersant à la rescousse ?

De son côté, la Société des journalistes (SDJ) a tenu à relativiser le rôle de Bernard Tapie au sein du groupe GHM, dont la famille Hersant est "toujours actionnaire à 50%", un argument d'ailleurs mis en avant par la direction de GHM pour "refuser l'ouverture d'une clause de cession", souligne-t-elle dans un communiqué.

"L'entrée dans le capital de GHM de Bernard Tapie ayant permis au groupe d'éponger ses dettes auprès des banques à hauteur de 170 millions d'euros, nous ne pouvons imaginer que Philippe Hersant, désormais à la tête d'un groupe sain, ne vienne pas en aide à ses salariés en cas de besoin de trésorerie", ajoute la SDJ.

Parmi les journalistes, on affirme qu'"on ne veut pas servir de boucliers humains" à M. Tapie, qui mardi soir a brandi à la télévision le risque de voir "3 000 personnes au chômage".

Nice-Matin "en grande difficulté"

Mercredi, les syndicats du groupe Nice-Matin, également repris fin 2012 par l'homme d'affaires avec la famille Hersant, avaient estimé qu'une telle saisie - pas encore effective jeudi - hypothéquerait l'avenir des quotidiens du sud-est de GHM (La Provence, Nice-Matin, Var-Matin, Corse-Matin).

"Si dans trois mois, aucun projet industriel n'est présenté, comme cela avait été promis par M. Tapie lorsqu'il était venu voir les salariés au siège, l'entreprise risque de se retrouver en très grande difficulté", a dit à l'AFP Gérard Pitocchi, ouvrier du livre et délégué syndical CGT à Nice-Matin.