"Je voulais choquer l’opinion. Parfois pour se faire entendre, il faut taper du poing." Joignant le geste à la parole, l’homme qui avait semé le trouble sur la Croisette et le plateau du Grand journal de Canal+ justifie son geste, ce lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Grasse. Le 17 mai en plein Festival de Cannes, il avait tiré deux coups de feu en l’air avec un pistolet d’alarme, réplique de Smith & Wesson, provoquant mouvement de panique et interruption de l’émission de Michel Denisot. Plaqué au sol par un policier, on découvrait sur lui une grenade factice et un couteau.

Soucoupe volante

"Mon geste, c’est l’histoire d’une vie" affirme devant le tribunal cet homme de 43 ans aux cheveux ras et à la longue barbichette en lisant "quatre feuilles" rédigées en prison, où il est détenu provisoirement depuis les faits. Il parle de "cri de colère", puis de "politiciens qui nous mentent, mafia en col blanc, justice qui pratique l’iniquité" ce qui ne manque pas de faire tiquer le président. Il évoque aussi ses visions : une soucoupe volante, un ange... Dans la salle d’audience, personne ne décode le message.

Au-delà des réquisitions

Le psychiatre qui l’a examiné relève "des troubles de la personnalité [chez] un sujet borderline idéaliste et dépressif". "C’est un geste désespéré. Il voulait se prendre en otage lui-même, mais ne faire de mal à personne. Il n’avait pas toute sa tête" tente son avocate, Me Catherine Dupain. Le parquet y voit plutôt un acte prémédité, avec l’achat de l’arme le matin même. "Utiliser la terreur et la violence pour imposer ses idées, c’est la définition du terrorisme. Intellectuellement, la démarche est la même !"

Pour ces "violences avec usage d’une arme", elle réclame 18 mois de prison dont un an ferme. Le tribunal ira encore au-delà, le condamnant à 18 mois de prison ferme. Les sociétés Canal Plus et KM, parties civiles, obtiennent un euro de dommages et intérêts. "J'ai le sentiment que le tribunal est passé à côté de l'essentiel en ne le condamnant pas à une obligation de soin" glisse son avocate.