Comment un homme seul a-t-il pu commettre un vol aussi faramineux en plein jour et à s'échapper par une simple fenêtre? Pour le moment, les enquêteurs ne sont pas encore parvenus à répondre à cette question. Mais la sécurité du Carlton, palace cannois où 103 millions d'euros de bijoux ont été dérobés dimanche après-midi, est le sujet de vives interrogations, parmi les employés comme chez les enquêteurs.

L'auteur du vol est entré par une porte-fenêtre – censée être verrouillée – du salon d'exposition donnant sur le boulevard de la Croisette. Une salle qui n'était pas encore ouverte au public. Visage dissimulé sous un foulard, casquette vissée sur la tête, l'homme a menacé avec un pistolet le personnel du bijoutier Leviev et les agents d'une société de sécurité privée qui se trouvaient dans la pièce. Il s'est fait remettre les bijoux incrustés de diamants (au total 72 pièces, parmi lesquelles bagues, rivières de diamants, pendentifs, etc.) par le personnel qui venait juste de les sortir d'un coffre pour les placer en vitrine. La preuve que le voleur était "bien renseigné, car il est intervenu au bon moment au bon endroit", commente une source proche de l'enquête. Quelques secondes plus tard, le malfaiteur s'est enfui par une autre fenêtre.

Des responsables "imprudents"

Le système de sécurité de l'hôtel ne semblait pas adapté à la valeur des objets exposés. Une trentaine de pièces valaient en effet plusieurs millions de dollars chacune. "Le moins que l'on puisse dire, c'est que les responsables de l'hôtel ont été un peu imprudents" en acceptant que soient exposés des objets de cette valeur, a commenté une source policière. Par ailleurs, contrairement à l'usage, la police de Cannes n'avait pas été prévenue par la direction du Carlton de la tenue de cette expo-vente, et encore moins de la valeur exceptionnelle des objets exposés.

"Cela fait trois ans que le Carlton ne nous avise plus quand il accueille ce genre d'événement", selon la même source policière. Effectivement, selon des sources internes à l'hôtel, le palace ne dispose plus de service de sécurité proprement dit, le chef de la sécurité ayant été licencié il y a trois ans. De son côté, François Chopinet, le directeur du palace, ne souhaite pas s'exprimer de peur d'"entraver le cours de l'enquête".

Aussitôt après le braquage, des représentants du personnel avaient pourtant accusé la direction de "laisser-aller". "Depuis trois ou quatre ans, nous accueillons de plus en plus d'expositions-ventes, alors que le Comité d'hygiène et de sécurité a toujours rendu des avis négatifs, surtout pour les expos dans le restaurant", a indiqué Ange Romiti, délégué du personnel CGT.

De son côté, le préfet des Alpes-Maritimes a indiqué son intention de renforcer la sécurité autour des enseignes de luxe de la Croisette, notamment en déclinant à Cannes ce que l'on appelle le Comité Vendôme à Paris. Ce dernier fédère les joailliers de luxe de la place Vendöme exposés à des risques de vols et entretient un lien permanent avec la police.