Au rez-de-chaussée, de jeunes danseurs de hip-hop habitant dans ce quartier populaire du 19e arrondissement partagent l'espace avec des jongleurs et des comédiens. A côté, le metteur en scène Ludovic Lagarde révise sa dernière création tandis qu'à l'étage, Jonathan Morali (Syd Matters) peaufine la bande-annonce du film Mœbius, d'Eric Rochant. Des familles se promènent au hasard dans les grandes salles hautes du Centquatre. L'ambiance générale est celle d'une grande usine à gaz studieuse, festive et un peu brouillonne, bien loin de la coquille vide tant moquée à ses débuts en 2008. La recette, probablement, du succès du lieu qui mêle théâtre, danse, cirque, musique et arts visuels en s'appuyant sur ses 380 résidences d'artistes.

Cinq ans après, le Centquatre n'est plus le même. Si la direction affiche toujours la prudence, les résultats sont là. Un demi-million de visiteurs s'y pressent chaque année, près de cinq fois plus qu'il y a trois ans, lorsque le lieu était en pleine tempête financière. Et deux fois plus qu'au Palais de Tokyo, dans le 16e. "Si l'on comptait les visiteurs qui viennent simplement se promener au Centquatre, on pourrait bien ajouter 100.000 à 200.000 personnes par an", renchérit José-Manuel Gonçalvès.

Un public plus jeune

"Les débuts ont été chaotiques et décevants, reconnaît l'adjoint PS à la Culture Bruno Julliard. Mais aujourd'hui, c'est un énorme succès populaire et un début très prometteur." Le Centquatre semble avoir capté un large public, des familles pauvres aux cadres sup attirés par les grandes expositions comme celle de Keith Haring. Le public, âgé de 30 à 40 ans en moyenne, est plus jeune que dans les musées. "Ce qui est déterminant, estime José-Manuel Gonçalvès, c'est qu'il s'agit d'un espace ouvert à tous, comme un grand square couvert, où il y a toujours des œuvres à voir."

En dopant sa programmation avec plus de 600 spectacles et neuf expositions en 2012, le Centquatre a également doublé ses recettes, qui atteignent 3 millions d'euros. Le tiers du budget total de l'établissement parfois décrié en raison de son coût pour la Ville. Le modèle intéresserait maintenant des villes étrangères. Après Buenos Aires l'an dernier, Amsterdam observe à la loupe le modèle parisien et les délégations étrangères s'enchaînent pour observer cet "objet artistique et culturel non identifié".