Vous nous avez donné rendez-vous au Tendre Voyou, à Pigalle (9e). C'est un quartier que vous connaissez bien ?
Oui, ici c'est un peu mon fief. Et puis Pigalle, c'est l'un des quartiers historiques de la nuit à Paris.

Vous venez d'être élu maire de la nuit par les noctambules Parisiens. Quel est votre parcours ?
J'ai un parcours très atypique, qui passe par des études de journalisme, de philosophie et de théâtre. J'ai grandi en Afrique, à Marseille et en Belgique. Je suis maintenant installé à Paris depuis dix ans. Je suis à la fois auteur et organisateur de soirées. Et célibataire (rires).

Pourquoi avez-vous décidé de postuler pour être maire de la nuit ?
J'avais vu passé l'information, mais jamais je n'aurais pensé postuler. Puis j'ai reçu beaucoup de messages d'encouragements, de la part d'amis, de collègues. Alors un matin, j'ai regardé la date limite pour les inscriptions. C'était le lendemain. J'ai rédigé ma profession de foi et créé mon affiche dans la foulée. Mon programme était clair et détaillé. Je pense que c'est ce qui a joué.

Désormais, quelles sont les priorités que vous allez défendre ?
Je vais avant tout me concentrer sur les relations entre les riverains et les patrons de bars. La question du transport nocturne à Paris est également primordiale. Je vais plaider pour des horaires élargis des transports en commun et pour plus de taxis à certaines heures de la nuit. L'aspect culturel de la nuit est aussi une priorité : je veux encourager les squats artistiques ou les mini-festivals de quartier !

Pourquoi les relations entre riverains et gérants de bars sont-elles aussi tendues ?
Les gens veulent un décor, mais pas la vie qui va avec. En s'installant dans un quartier, il faut qu'ils comprennent qu'il y avait du bruit avant eux. À cet égard, des cas comme celui du 82 rue des Martyrs (18e) ou de la rue du faubourg Saint-Denis (10e) sont symboliques. Comment peut-on fermer des lieux comme ça ? Ces établissements ont sécurisé la rue, ils ont transformé l'image du quartier ! Le 82, tout le monde allait là-bas ! Des cadres aux jeunes branchés en passant par les voisins du quartier. Il y a une quantité de chansons qui ont été faites sur ce bar. Il a contribué à façonner l'image du quartier. Les nouveaux riverains doivent l'accepter.

Comment comptez-vous vous faire entendre par les politiques ?
Quand on a une grande gueule avec des idées claires, généralement, ça marche. Je pense que c'est mon cas. Les politiques doivent écouter quelqu'un qui a une vraie pratique du terrain.

Avez-vous déjà été contacté par les candidats aux municipales ?
Certains m'ont déjà approché, oui. D'ailleurs, mon mandat n'a pas de durée déterminée. Si le prochain maire de Paris veut me prendre dans son équipe, j'accepte !

Que pensez-vous de la proposition de NKM de faire la fête dans des stations de métro fantôme ?
C'est une super idée ! Tout comme celle de réinvestir des lieux au-delà du périphérique. Mais au-delà de la problématique de trouver de nouveaux lieux, il faut aussi pouvoir transformer ceux qui existent déjà en véritables lieux de vie.

La nuit parisienne a-t-elle encore de quoi rivaliser avec Londres, Berlin ou même Istanbul ou São Paulo ?
Bien sûr ! Chaque ville est différente. À Paris, le problème, c'est que les choses sont trop cloisonnées. La seule solution pour que la nuit parisienne retrouve ses lettres de noblesse, c'est que chacun soit plus tolérant. Il faut comprendre que Paris est une capitale. Et une capitale, ça bouge, ça fait du bruit. Même la nuit. C'est bien de penser au vivre ensemble, mais il faut l'appliquer aussi à la nuit. Il y a des pôles de fête à Paris, comme Pigalle, Ménilmontant ou Bastille qu'il faut absolument préserver.

Combien êtes-vous rémunéré pour ce mandat ?
Rien, c'est une activité entièrement bénévole !

Quel est le rythme de vie d'un maire de la nuit ?
Celui d'un noctambule : je me dois d'être sur le terrain. Mes journées commencent plus tard que les autres, mais elles se terminent bien plus tard aussi. À Pigalle, certains m'appellent "le vampire". Quand on me voit le jour, c'est qu'il y a un problème.

Où les noctambules ont-ils des chances de vous croiser ?
Je fréquente assidûment Pigalle, avec le Mansart, le Carmen ou le Condor.C, mais j'aime aussi aller au Nuba (13e) ou au Batofar ou encore au Face bar, dans le 3e.