Mais que faisaient les employés de leur journée ? Le musée était fermé, les collections déplacées. Dans son rapport public annuel publié mercredi, la Cour des comptes épingle la gestion de l’ancien musée national des Arts et traditions populaires (MNATP), dans le 16e arrondissement. L’endroit a fermé en 2005, mais le ministère de la Culture y a maintenu jusqu’en 2011 une centaine d’employés, "dont l’activité était des plus réduites", estiment les Sages.

L’ancien musée national des Arts et traditions populaires était installé à la lisière du bois de Boulogne, depuis 1972. Mais depuis la fin des années 1980, le lieu, isolé et mal accessible, peinait à attirer. La fréquentation s'était écroulée, passant de 100 000 visiteurs par an en 1982 à 30 000 dix ans plus tard. L’idée naît donc au ministère de la Culture de donner un second souffle à cette institution parisienne, en transférant ses collections vers un nouveau lieu, le MuCem à Marseille, dans le cadre d’une grande expérience de délocalisation d’un musée national en région. Près d’un million de pièces, des objets traditionnels des régions françaises, sont transférées de Paris vers la cité phocéenne.

Une gestion "particulièrement défaillante"
 
Mais la gestion de ce vaste projet a été "particulièrement défaillante", notamment en terme de gestion du personnel, note la Cour. "Entre la fermeture définitive du bâtiment du MNATP en 2005 et le lancement des négociations avec les organisations syndicales en 2011, aucune décision relative au reclassement des personnels parisiens n’a été prise", indiquent les Sages dans leur rapport.

De 2005 à 2008, des effectifs "importants", environ 100 agents, ont ainsi été maintenus sur le site parisien. Avec visiblement peu d’occupation. "Dans un musée sans exposition ni visiteurs, ils n’ont pas été réaffectés à la tâche prioritaire que constituait le traitement des collections préalablement à leur transfert vers Marseille (inventaire dépoussiérage, etc…)", note ainsi la cour. Ces occupations ont en effet été confiées à des vacataires. Les Sages reprochent ainsi au ministère de la Culture d’avoir "préféré maintenir pendant des années sur le site parisien des MNATP des agents dont l’activité était des plus réduites, plutôt que d’engager une négociation sociale et les réaffecter dans les autres musées nationaux." Et cette décision a un coût, estimé "au plus bas", à 23,85 millions d'euros pour l’ensemble de la période.
 
Le ministère, lui, avance des "freins" pour expliquer le maintien d’agents sur le site après la fermeture au public. D’abord, "les incertitudes" qui "pesaient" sur le projet au milieu des années 2000, et qui ont été "accentuées par la crise de 2007" : "Ces facteurs conjoncturels ont laissé penser, non sans fondement, que la création du MuCem était menacée et qu'il faudrait peut-être ré-ouvrir le site du Bois de Boulogne." Par ailleurs, ce maintien s’est avéré justifié : "Il est certain que même fermé, le chantier des collections justifiaient le maintien d'une surveillance du site de jour comme de nuit", indique le ministère.

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