C'est une petite table métallique qui sert de point de rendez-vous. Il est 22 heures et une quarantaine de personnes discutent un verre à la main à la sortie de la passerelle Simone-de-Beauvoir, sur la promenade qui court entre la Seine et le parc de Bercy (XIIe). Tous sont là à l'invitation de Fabrizio, l'organisateur des "zapéros de Paris", qui convie tous les jeudis de l'été les amis de ses amis à se retrouver autour d'une bonne bouteille et de quelques victuailles.
Fabrizio a un site Internet mais il ne communique jamais sur le web le lieu choisi pour festoyer. L'adresse est uniquement envoyée par mailing list. Question de discrétion vis-à-vis des pouvoirs publics. "On peut toujours demander une autorisation à la préfecture mais si on dit qu'il va y avoir de l'alcool, c'est foutu" affirme t-il. La consommation d'alcool est effectivement interdite par la loi sur la voie publique, que ce soit dans la rue ou dans les parcs gérés par la Mairie de Paris. Mais les faits sont moins sévères.
Pas de chasse aux "buveurs modérés"
"En pratique, on ne fait évidemment pas la chasse aux buveurs modérés qui partagent au soleil un bon rosé, explique t-on à la Ville. Mais cette disposition du règlement permet d’avoir une base sur laquelle s’appuyer au cas où il serait nécessaire qu’un agent intervienne." La voiture de la police municipale qui vient justement patrouiller autour du parc de Bercy ne s'arrête d'ailleurs pas à la vue de l'attroupement apéritif. Il faut dire aussi que l'ambiance est bon enfant et que l'affluence n'a rien à voir avec les fameux "apéros Facebook" qui avait secoué toutes les préfectures de France en 2010.
Fabrizio convient lui aussi qu'il est rare aujourd'hui que la police leur cause des problèmes. "Mais c'est aussi parce qu'on est moins nombreux qu'avant à se réunir, raconte-t-il. Il y a dix ans, on s'était retrouvés à 2 000 dans le VIIe arrondissement et j'avais passé 5 heures au poste. Depuis plusieurs années, on n'est souvent que quelques dizaines au maximum. Paradoxalement, avec les réseaux sociaux, il y a moins de monde de disponible." Il faut dire aussi que Fabrizio et ses amis ont un peu vieilli. Ses convives du soir affichent dans l'ensemble une bonne petite trentaine d'années. Guillermo, 48 ans, est venu trinquer sans son fils de 20 ans. "Il préfère sortir avec les jeunes de son âge, lance-t-il. C'est dommage pour lui parce qu'ici il y a plein de filles !"
Recalés devant l'Hôtel de Ville
La petite troupe ne s'invite pas uniquement dans les parcs parisiens. Les semaines précédentes, Fabrizio a posé sa table près du pont de Grenelle (XVe), place Dauphine (Ier) ou quai Henri IV (IVe). Des lieux publics sous la surveillance de la préfecture de police de Paris. "Tout s'est bien passé, soutient Fabrizio. Le seul endroit où on nous a demandé de partir, c'était place de l'Hôtel de Ville." Les apéritifs dans la rue sont, en règle générale, moins tolérés que dans les parcs, surtout s'il y a de l'alcool à la clé. "Nous empêchons les rassemblements uniquement s'ils représentent une menace à l'ordre publique comme dans le cas de l'apéro saucisson/pinard en 2011, indique t-on à la préfecture. Après, il ne faut pas oublier que la consommation d'alcool est interdite entre 16 heures et 7 heures du matin dans de nombreux endroits des I, II et IIIe arrondissements."
A écouter Fabrizio, l'alcool ne représenterait pourtant qu'une petite partie de ses "zapéros". "Nous sommes avant tout là pour partager des bons moments ensemble, conclut-il. C'est pour ça que j'apporte toujours des fleurs pour récompenser la reine de la soirée !".














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