C'est une piqure de rappel à l'attention du gouvernement : les associations "n'attendent plus que le feu vert" pour expérimenter les salles de consommation de drogue, un projet relancé fin août par l'adjoint au maire de Paris, Jean-Marie Le Guen, qui a reçu un accueil favorable du ministère de la Santé. La première d'entre elle pourrait être ouverte à Paris.

"D'abord, je voudrais qu'on arrête de parler de 'salles de shoot', précise Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction. Nous sommes face à des polyconsommateurs, qui sniffent, boivent, se piquent… Le risque numéro 1, c'est l'injection, mais on peut s'infecter en partageant des pipes à crack ébréchées." Selon une étude, 59,8% des usagers de drogues sont porteurs de l'hépatite C et 10,8% du virus du Sida.

5 000 toxicomanes en région parisienne

L'association Gaïa et Médecins du monde ont présenté mardi leur projet de salle de consommation à moindre risque et à visée éducative (SCMRE) à Paris. "Nous n'avons pas encore de local et il est prématuré de cibler un lieu. La réussite de ce projet dépend du travail avec les riverains", prévient Elisabeth Avril, directrice de Gaïa Paris. Plusieurs acteurs évoquent la gare du Nord.

Cette salle serait destinée aux toxicomanes contraints de se droguer dans la rue ou les halls d'immeubles. Ils seraient 5000 en région parisienne. Après un entretien individuel, ils recevraient une carte anonyme et gratuite pour accéder à des postes d'injection et d'inhalation, avec du matériel stérile.

"Une fenêtre politique courte"

Réservées au plus de 18 ans, les salles n'accueillent que des personnes détenant déjà leur dose. "Ce sont des lieux d'apaisement. Paradoxalement, les usagers y consomment moins, car ils sont plus tranquilles", note Jean-Pierre Couteron. Du personnel médical est présent en cas de surdose ou de malaise, mais aussi pour éduquer sur les bons gestes et orienter vers des programmes de sevrage.

"Notre chance, c'est que plusieurs villes, comme Paris, Marseille ou Bordeaux sont très intéressées, au-delà des clivages partisans, explique Jean-François Corti, responsable de Médecins du monde. Mais la fenêtre politique est courte. A partir de juillet 2013 débute la campagne pour les municipales, et il sera compliqué de défendre le sujet." En Ile-de-France, le conseil régional a voté fin septembre une subvention de 200 000 euros pour le futur projet.