Ču vi parolas esperanton* ? Peu de chance que vous répondiez "Jes" ("oui") à cette question. En France, les personnes qui s'expriment en espéranto sont à peine quelques milliers. Pourtant, les militants du parti Europe Démocratie Espéranto ne désespèrent pas qu'un jour, elle soit utilisée comme langue de travail dans les organisations internationales. Le parti présente cette année des listes dans toutes les régions françaises.

"Il y a 25 langues officielles dans l'Union Européenne (UE). Chaque année, ce sont entre 500 millions et un milliard d'euros qui sont dépensés dans la traduction", détaille Laure Patas d'Illiers. Cette informaticienne de 57 ans, en poste au ministère des Finances, a été propulsée tête de liste en Ile-de-France. Elle a découvert l'espéranto un peu par hasard. "J'en avais entendu parler lors des précédentes élections européennes, en 2009. J'ai fait quelques recherches et j'ai découvert qu'il y avait énormément de publications sur le sujet, raconte-t-elle. C'est un nouveau monde qui s'est ouvert à moi. C'était fascinant." Elle apprend la langue dans la foulée. "En un an, j'ai acquis un niveau correspondant à celui d'un élève en études supérieures", détaille-t-elle.

Grammaire simple

L’espéranto n'est pas difficile à apprendre : la langue a été justement créée pour ça. C'est le polonais Ludwik Lejzer Zamenhof, qui l'a inventée, en 1877. Il espère pouvoir en faire un lien pour réunir les personnes incapables de communiquer entre elles. La grammaire est simple, sans déclinaisons, sonne latine à l'oreille et paraît slave à l'écrit. "Mais sa construction est basée sur la linguistique chinoise", rit Laure Patas d'Illiers.

Elle rechigne à parler d'elle. "Je suis là pour porter la voix d'une cause, se défend-elle. L'espéranto est la seule manière de communiquer avec des gens des cinq continents." Avec son parti, elle milite pour l'apprentissage de la langue dès le plus jeune âge dans les écoles de l'UE et pour son instauration en tant que "langue de travail" au sein des institutions. Le parti estime pouvoir réaliser 25 milliards d'économies grâce à cette proposition. En 2009, lors des précédentes élections européennes, Europe Démocratie Espéranto avait obtenu 0,1% des voix. "Mais aujourd'hui, on sent que notre discours est pris au sérieux, soutient Laure Patas d'Illiers. On ne nous prend plus pour des illuminés." Ils seraient même, selon elle, quelques députés européens à désormais maîtriser cette langue "internationale". Ek ! Al la laboro !**

* Parlez-vous espéranto ?
** Au boulot !