A les entendre, ils jouent chacun leur survie dans les négociations. Deux mois après de houleuses manifestations de taxis parisiens et la nomination par le gouvernement d'un médiateur pour régler le conflit entre taxis et véhicules de transport avec chauffeur (VTC), accusés de "concurrence déloyale", l'ambiance reste glaciale.

Le député PS Thomas Thévenoud, chargé de rapprocher leurs positions, attend le feu vert de Matignon pour sortir de son silence et remettre ses conclusions dans les prochains jours. Et, à entendre deux participants aux réunions, la suspicion mutuelle reste de mise.

Reçus séparément par le médiateur

"On a vu d'un côté des chauffeurs de taxis soudés avec de nombreuses propositions, et de l'autre des sociétés de VTC très divisées", rapporte le directeur général des Taxis Bleus Yann Ricordel. Autre son de cloche chez Yan Hascoet, PDG de Chauffeur-Privé, l'un des leaders de VTC : "A la première réunion, nous étions une soixantaine, dont cinquante représentants des taxis. Ces derniers refusaient qu'on prenne part à la discussion. Du coup, le médiateur nous a toujours reçus séparément."

Un consensus semble bien émerger sur plusieurs points, dont l'encadrement plus sévère des sociétés de VTC et la répression du "racolage passif" aux aéroports. Mais le conflit reste la norme. Les taxis demandent toujours un seuil minimal de 90 euros la course pour leurs concurrents, exigence "inacceptable", selon le patron de Chauffeur-Privé, et qui ne devrait pas être retenue - à ce niveau du moins - par le médiateur.

"Dumping social"

De leur côté, les sociétés de VTC réclament la levée du gel des immatriculations décidée il y a deux mois pour calmer la colère des taxis. "C'est notre principale inquiétude, explique Yan Hascoet. De nombreux chauffeurs ont investi dans une voiture et attendent toujours une autorisation. "

Sur le fond, les chauffeurs de taxi dénoncent toujours un "dumping social" des VTC, affirmant que leur statut d'autoentrepreneur nuit aux 22.000 emplois "durables" des taxis d'Ile-de-France. Selon le directeur des Taxis Bleus, près de 150 chauffeurs cesseraient leur activité chaque mois et le prix de la licence en Ile-de-France aurait baissé de 25 %, à 190.000 euros, en un an. De quoi raviver un feu mal éteint.