La police avait de forts soupçons qui se sont a priori confirmés. Lundi vers 16 heures, un homme a été pris en flagrant délit en train d'écrire le mot "Juif" sur des véhicules stationnés avenue du général-Clavery et avenue Dode-de-la-Brunerie dans le 16e arrondissement. Une vingtaine de voitures auraient été taguées. "Les policiers lui ont passé les menottes, et ils l'ont embarqué. 'Moi j'ai dit, mais il est complètement fou d'avoir fait ça'. Un fonctionnaire m'a répondu : 'Non, et en plus, il revendique son geste'", raconte un témoin à metronews.

Le suspect a été placé en garde à vue dans la foulée. Cet homme né en avril 1941 et prénommé Pierre B. était déjà connu des services de police, non comme suspect mais comme victime. L'été dernier, il se serait en effet rendu à deux reprises au commissariat du 16e arrondissement pour dénoncer des propos antisémites.

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Bis repetita

Ainsi, en juillet, Pierre et sa femme Suzanne B., qui elle est de confession juive, auraient été voir la police pour signaler la présence de croix gammées sur leur boîte aux lettres, sur leur palier et sur la porte de leur logement situé dans un immeuble appartenant à la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) et situé rue Abel Ferry (16e). En août, ils auraient porté plainte pour dénoncer les mêmes faits.

Six mois plus tard, en décembre, de nouvelles inscriptions sont retrouvées dans le HLM. "Sale juif", croix gammée et autres tags sont constatés sur les murs du bâtiment. Idem en janvier. "Ça commençait à faire beaucoup, précise une source proche du dossier. Plusieurs personnes ont été interrogées et des tests d'écriture ont été réalisés… C'est là que les policiers ont estimé qu'il y avait quelque chose de vraiment bizarre dans cette histoire."

Plusieurs séjours en HP

En effet, en comparant les écritures, les enquêteurs ont trouvé que celle du plaignant était étrangement similaire à celle retrouvée sur les murs et la boîte aux lettres de l'immeuble notamment. "Autre coïncidence, le couple B. a indiqué qu'il était parti un moment de son logement pour se protéger. Pendant cette période, il n'y a eu aucune inscription, relève la source proche du dossier. Les policiers étaient convaincus que c'était lui, mais il leur manquait une preuve. Avec ce flagrant délit, ils ne pouvaient être mieux servis."

On ignorait lundi soir si la femme de Pierre B. était ou non complice de son mari. "Le couple voulait changer de logement. On ne sait pas pourquoi car il vivait à deux dans 59m2. Il avait fait deux demandes à la RIVP qui ont été refusées. Il s'agissait peut-être d'une stratégie pour obtenir gain de cause", poursuit la source ajoutant que le mari comme sa femme auraient fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique.

Mardi après-midi, Pierre B. était toujours en garde à vue. Tous les riverains, eux, étaient sous le choc. Eux aussi avaient entendu parler de cette volonté du couple de changer de logement. "De là à s'en prendre aux Juifs, de surcroît quand on sait que la femme du suspect est de confession juive, c'est surréaliste" conclut un voisin.

La garde à vue du suspect a été prolongée mardi soir à 17 heures. Selon nos informations, l'individu devait être présenté à un psychologue dans la soirée.